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L’os d’un ancien paresseux géant témoigne d’une violente attaque

Crédits : Jorge Gonzalez

Il y a environ treize millions d’années, un paresseux géant s’est aventuré trop près d’un point d’eau, s’exposant à l’attaque d’un énorme caïman. Le prédateur a saisi sa proie par la jambe, imprimant une cinquantaine de marques de dents dans son tibia.

Si les paresseux modernes sont de petites créatures dociles et particulièrement lentes, au pléistocène, ils étaient énormes, évoluant aux côtés des mammouths et d’autres créatures surdimensionnées qui parcouraient à l’époque notre planète. D’après les registres fossiles, certains individus dépassaient même les deux mètres de hauteur. Nous savons que nos ancêtres chassaient parfois ces créatures, avec plus ou moins de succès, mais l’Homme n’était pas le seul prédateur dans les parages.

La violente attaque d’un caïman géant

En 2004, le paléontologue François Pujos, du Conseil national argentin de la recherche, est tombé sur le tibia arrière gauche de l’un de ces spécimens, dans le nord-est du Pérou. Sur le fossile, vieux de 13 millions d’années, il a identifié pas moins de 46 marques de morsure.

À l’époque, la région était tapissée de lacs et de marécages où se côtoyaient de nombreuses espèces animales, dont des oiseaux géants incapables de voler et des marsupiaux. Toutefois, ce ne sont pas nos coupables. En effet, les premiers n’avaient pas de dents et si les seconds en avaient, ces dernières ne correspondent pas aux marques de morsure identifiées sur l’os du paresseux.

En revanche, la région était également fréquentée par plusieurs espèces de crocodiliens. Et parmi elles figurait un géant : Purussaurus. Apparenté aux caïmans, ce reptile pouvait mesurer jusqu’à dix mètres de long pour un poids de 8,4 tonnes. La mâchoire de l’un de ces spécimens, retrouvée à proximité de l’os du paresseux, laisse à penser qu’il pourrait être l’auteur de cette violente attaque.

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L’os du paresseux terrestre retrouvé dans le nord-est du Pérou. Les dessins et photos montrant les marques de morsure (en rouge) qui recouvrent le tibia gauche. Crédits : François Pujo/Rodolfo Salas-Gismondi.

Le paresseux n’a pas survécu

D’après la taille des marques, ce prédateur était probablement un juvénile de quatre mètres de long. La plupart des marques sont peu profondes, mais certaines ont tout de même ont perforé le tibia de l’animal, suggérant que la gueule du caïman s’est refermée sur sa jambe.

Pour Rodolfo Salas-Gismondi, de l’Université Cayetano Heredia à Lima (Pérou), il n’y a “aucune chance” que le paresseux ait survécu. Son tibia ne montre en effet aucun signe de régénération osseuse. À titre d’information, à l’âge adulte, ce caïman avait une force de morsure estimée à 6,3 tonnes métriques. En comparaison, le crocodile marin (Crocodylus porosus) a une force de morsure de 1,5 tonne métrique.

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Une grande dent de Purussaurus trouvée dans la Formation de Pebas, au Pérou. Crédits : R. Salas-Gismondi

Ce n’est que le deuxième fossile enregistré montrant des preuves d’une attaque de Purussaurus. L’autre est une carapace de la tortue aquatique Podocnemis, exposée au Musée d’histoire naturelle de Lima. En revanche, contrairement à notre pauvre paresseux, nous savons que cette ancienne tortue a survécu. Sa carapace présentait en effet des signes de régénération osseuse.