L’analyse fécale de toilettes de l’époque biblique révèle un parasite bien connu

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Un siège de toilette en pierre d'Armon ha-Natziv. Crédits : Ya'akov Billig

En analysant des échantillons prélevés dans des latrines de l’ère biblique à Jérusalem, des archéologues ont identifié la plus ancienne preuve connue du parasite G. duodenalis, connu pour causer la « diarrhée du voyageur ». Les détails de l’étude sont publiés dans la revue Parasitologie .

Les maladies diarrhéiques infectieuses peuvent être causées par différents agents pathogènes, comme les virus, les bactéries et les parasites protozoaires. Ceux-ci sont généralement propagés par la contamination de l’eau et des aliments par les matières fécales humaines. Nous savons que leur impact sur la santé est important de nos jours, mais qu’en était-il pour les anciennes populations ?

Jusqu’à présent, ces travaux d’analyses ont toujours été un peu compliqués. Bien qu’il ait été démontré que les œufs robustes des helminthes intestinaux survivant des milliers d’années dans les restes d’excréments humains du Proche-Orient, les kystes des protozoaires (à des stades de vie résistants et dormants) sont facilement déformés et endommagés lorsque les matières fécales se décomposent. Il est donc très difficile de les détecter en utilisant la norme de microscopie optique.

Une autre technique nous permet néanmoins d’y voir un peu plus clair. La microscopie dite des anticorps monoclonaux immunofluorescents utilise en effet des anticorps pour détecter les antigènes uniquement fabriqués par ces organismes protozoaires. Cette méthode s’est révélée être un moyen efficace de détecter ces protozoaires même lorsque les kystes sont endommagés et déformés. Ici, des chercheurs de l’Université de Cambridge, de l’Université de Tel-Aviv et de l’Autorité des antiquités d’Israël l’ont donc utilisée pour déterminer si les protozoaires responsables de la dysenterie étaient présents à Jérusalem à l’âge du fer.

G. duodenalis était déjà présent il y a 2 500 ans

Les chercheurs ont prélevé des échantillons dans deux latrines. L’une est située dans la maison d’Ahiel, située juste à l’extérieur des murs de la ville de Jérusalem. Elle serait datée du 7e siècle avant notre ère. La seconde, située à environ 1,6 km au sud de la ville, serait datée du début du 6e siècle avant notre ère.

Les résultats ont été négatifs pour deux types de protozoaires connus : Entamoeba et Cryptosporidium. Cependant, tous les échantillons ont été positifs pour Giardia duodenalis. Il s’agit d’un parasite microscopique responsable de la giardiase, une infection intestinale chez les humains et les animaux.

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Un siège de toilette en pierre de la maison d’Ahiel. Crédits : F. Vukosavović

Comment fonctionne l’infection par ce parasite ?

Les kystes de ce parasite sont généralement présents dans les selles des personnes infectées ou des animaux porteurs. La transmission se produit principalement par l’ingestion d’eau ou d’aliments contaminés. Lorsque des kystes sont ingérés, ils passent à travers l’estomac jusqu’à l’intestin grêle où les conditions sont propices à leur activation. Une fois sur place, les kystes se transforment alors en trophozoïtes, la forme active de Giardia duodenalis.

Ces organismes en forme de poire sont dotés de structures adhésives appelées ventouses qui leur permettent de se fixer à la paroi intestinale. Dès lors, les parasites se multiplient en se divisant et colonisent la muqueuse intestinale, entraînant alors une inflammation et des dommages. Cette colonisation peut ensuite perturber l’absorption des nutriments, provoquant des symptômes gastro-intestinaux tels que des diarrhées, des crampes abdominales, des ballonnements et une perte de poids. Par la suite, les trophozoïtes se transforment en kystes qui seront excrétés dans les selles de l’hôte infecté, prêts pour se propager à de nouveaux hôtes.

De nos jours, ce parasite est l’une des principales causes de maladies diarrhéiques dans le monde et touche principalement les zones où les conditions sanitaires sont déficientes. Ce que nous dit cette étude, c’est que la même chose aurait affecté les populations de l’ancien Proche-Orient. Notez que des recherches antérieures avaient également déjà révélé des œufs de trichures, d’ascaris, d’oxyures et de ténias dans des fosses d’aisances de la région.

Enfin, on ne sait pas exactement depuis combien de temps sévit G. duodenalis. Cependant, des textes médicaux de Mésopotamie, l’une des premières sociétés complexes, ont déjà fait référence à des problèmes de prévention il y a environ 3 000 à 4 000 ans.