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Pandémie de Covid-19 : quels effets sur le CO2 atmosphérique et le réchauffement global ?

Crédits : homedust.com.

Les mesures prises pour limiter la propagation du coronavirus Covid-19 ont précipité un ralentissement profond et brutal de l’économie mondiale. Signature parmi d’autres de cette contraction, la baisse des émissions de dioxyde de carbone (CO2) à l’échelle globale. D’aucuns s’attendraient à voir un effet net sur le contenu atmosphérique en CO2 et, donc, sur le réchauffement climatique. Toutefois, qu’en est-il réellement ? 

En seulement deux siècles, le contenu de l’atmosphère en dioxyde de carbone a augmenté de près de moitié. Plus précisément, il est passé de 280 ppm (parties par million) avant la révolution industrielle à environ 410 ppm en 2019. Cette élévation – comme celle d’autres gaz à effet de serre – est pilotée par les activités humaines. En particulier, la combustion de pétrole, de charbon et de gaz naturel. Aussi, on constate sans surprise que l’essentiel de l’accroissement a eu lieu après les années 1950.

Une conséquence directe de l’augmentation de ces composés actifs du point de vue radiatif est le réchauffement global de planète. On parle à ce titre de réchauffement climatique anthropique. Or, avec la pandémie de Covid-19 et le ralentissement économique associé, les émissions mondiales de dioxyde de carbone ont notablement chuté. Comment cela affecte-t-il le taux de CO2 dans l’air et quels sont les impacts à attendre sur le réchauffement global ?

CO2
Figure 1. Concentration atmosphérique en CO2 observée au Mauna Loa (Hawaï) entre 1958 et début 2020. Crédits : NOAA-ESRL.

CO2 : un accroissement annuel à peine amoindri

Selon une évaluation menée par des chercheurs du Met Office et de l’Institut océanographique Scripps, la quantité moyenne de CO2 en 2020 sera supérieure à celle de 2019. Autrement dit, la hausse se poursuivra malgré la baisse des émissions. Toutefois, l’incrément annuel sera moins important qu’initialement anticipé. En effet, la prise en compte de la pandémie a conduit les scientifiques à revoir leur estimation de 2,8 ppm à 2,48 ppm. Ainsi, dans l’hypothèse d’une chute des rejets de CO2 de 8 % en 2020 (données IEA), l’empreinte sur la concentration atmosphérique annuelle ne sera que d’environ 0,3 ppm.

« En d’autres termes, sans le confinement, la quantité totale de CO2 dans l’atmosphère aurait augmenté de 0,68 % en 2020, par rapport à la moyenne mondiale de 2019. Mais avec le confinement, nous prévoyons une augmentation de 0,60% » expliquent les auteurs. Notons qu’il s’agit de projections effectuées pour l’observatoire historique de Mauna Loa (Hawaï), lequel est toutefois représentatif de la signature globale.

CO2 effet pandémie
Figure 2. Effet d’une baisse de 8% des émissions mondiales de CO2 en 2020 sur la concentration atmosphérique de ce gaz. Les courbes indiquent l’évolution attendue avec (bleu) et sans (rouge) prise en compte de la crise liée au Covid-19. Les étoiles indiquent les concentrations annuelles. Le motif en dents de scie résulte du cycle saisonnier visible sur le signal mois par mois. Crédits : Met Office / Carbon Brief.

En réalité, ce n’est pas aussi surprenant qu’on pourrait le penser. Comme illustré sur la figure 3, la tendance générale est à des émissions mondiales de CO2 toujours plus élevées. Aussi, la régression attendue nous ramènerait seulement aux niveaux observés autour de 2010.

Si l’on considère l’atmosphère comme une grande bouteille que l’on rempli avec du dioxyde de carbone, nous la remplissons un peu moins vite en cette année 2020. Mais nous continuons à la remplir et donc le niveau continu à monter. Bien qu’imparfaite, cette analogie permet de se saisir avec facilité du concept. Et pour cause, elle considère implicitement la longue durée de vie de l’excès de CO2 injecté dans l’atmosphère.

Puits naturels / effet sur le réchauffement global

L’incrément annuel du CO2 n’est pas régulier. C’est-à-dire que certaines années voient une hausse un peu plus forte que les quelques années qui ont précédé et inversement. Ce sont essentiellement les variations de la capacité d’absorption des puits naturels qui expliquent ces irrégularités – l’océan et la végétation. Par exemple, en période El Nino, les continents tropicaux sont plus secs et les écosystèmes capturent moins de dioxyde de carbone. Pour 2020, ces puits s’annonçaient plus faibles que la normale. Aussi, l’incrément prévu avant l’arrivée de la pandémie était assez élevé. Dans cette optique, l’impact du Covid-19 compense plus ou moins ce seul effet.

CO2 historique
Figure 3. Évolution des rejets mondiaux de CO2 – en milliards de tonnes – entre 1959 et 2019. Il s’agit des émissions associées à l’utilisation de combustibles fossiles. Crédits : Global Carbon Budget, 2019.

Enfin, concernant le réchauffement global, la modulation événementielle des rejets de carbone évoquée plus haut est réalistement négligeable. En pratique, elle est même probablement surpassée par l’effet réchauffant dû à la baisse des particules de pollution – lesquelles tendent à réfléchir le rayonnement solaire et donc à refroidir.

On le voit, alors même que près de la moitié de l’humanité a été confinée, l’effet climatique est dans le meilleur des cas très limité. Preuve que la réponse à la crise climatique n’est pas d’arrêter de bouger mais d’opérer un profond remaniement structurel. Un effort absolument colossal qui se joue dans la durée et non dans l’instant, d’où le terme aux allures presque paradoxales d’urgence climatique. 

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