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Oscillations océaniques multi-décennales : quelle influence sur le rythme du réchauffement global ?

Crédits : JPL/NASA.

Une nouvelle étude suggère que les oscillations océaniques multi-décennales n’ont joué qu’un rôle mineur dans la modulation du réchauffement climatique sur les 120 dernières années. Une contribution évaluée à 7 % seulement. Les résultats ont été publiés ce 16 mai dans la revue américaine Journal of Climate.

La courbe d’anomalie de température globale est une figure iconique des discussions relatives au changement climatique.

Les scientifiques s’accordent sur le fait que la tendance générale au réchauffement est essentiellement pilotée par l’augmentation de la concentration atmosphérique en gaz à effet de serre (GES). Toutefois, des désaccords surgissent quant à l’origine de la variabilité multi-décennale qui s’y superpose. Cette dernière donne un aspect profondément irrégulier à la courbe.

Une première phase de réchauffement se présente de 1915 à 1945. Puis une seconde de 1970 à aujourd’hui. Entre ces deux périodes, la température moyenne du globe n’a pratiquement pas bougé. La question étant de savoir dans quelles proportions ces fluctuations sont dues à des forçages externes – comme les volcans, le soleil, les activités humaines, etc. – ou à la variabilité naturelle.

NASA température
Évolution de l’anomalie de température moyenne sur Terre depuis 1880. Crédits : NASA/GISS.

La variabilité naturelle des océans et le rythme du réchauffement

À l’échelle de plusieurs décennies, la variabilité naturelle vient surtout des fluctuations de l’océan. Selon la phase des modes océaniques, la chaleur va avoir tendance à être concentrée au niveau de la surface ou, au contraire, plus en profondeur. Ainsi, le réchauffement à la surface du globe peut être amplifié ou atténué sur plusieurs décennies. Ce processus a été invoqué par certains chercheurs pour expliquer les fluctuations multi-décennales décrites précédemment.

Toutefois, une étude parue dans la revue Journal of Climate ce 16 mai 2019 jette un sérieux doute sur cette hypothèse. Dans leur papier, les scientifiques montrent qu’il est possible de reproduire avec un très bon accord la courbe sans faire intervenir l’influence des oscillations lentes de l’océan. En effet, elles n’expliqueraient que 7 % de la variabilité multi-décennale.

« Nous pouvons maintenant affirmer avec certitude que les facteurs humains tels que les émissions de gaz à effet de serre et les rejets d’aérosols, ainsi que les changements annuels provoqués par des phénomènes comme les éruptions volcaniques ou El Niño, suffisent pour expliquer la quasi-totalité des changements de température à long terme », rapporte Karsten Haustein, auteur principal de l’étude.

« L’idée que les océans aient pu entraîner le climat dans une phase plus froide ou plus chaude pendant plusieurs décennies par le passé – et le feront donc à l’avenir – a peu de chances d’être correcte », poursuit le chercheur.

Les gaz à effet de serre et les aérosols mènent la danse

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Anomalie thermique de la période 1980-2018 par rapport à 1951-1980. Notez l’élévation thermique plus prononcée sur les continents et près de l’Arctique. Crédits : NASA/GISS.

Selon le papier, le réchauffement de 1915 à 1945 est dû pour l’essentiel aux rejets anthropiques de GES et de particules de suie. Ces dernières induisent une absorption accrue de l’énergie solaire. En particulier lorsqu’elles se déposent sur des surfaces réfléchissantes comme la glace ou la neige.

Entre 1950 et 1970, l’augmentation massive de rejets de particules sulfatées compense le réchauffement induit par les GES. Cependant, avec la mise en place d’accords internationaux sur la qualité de l’air vers 1970, l’effet refroidissant des aérosols diminue sensiblement – mais les GES continuent de s’accumuler dans l’atmosphère. Ainsi, la hausse des températures reprend.

« Notre étude a montré qu’il n’existait aucun pilote “caché” de la température moyenne mondiale » précise Friederike Otto, co-auteure du papier.

« Le changement de température que nous observons est dû aux facteurs que nous connaissons déjà. Cela semble ennuyeux. Mais des résultats ennuyeux sont parfois importants. La mauvaise nouvelle est que rien ne nous épargnera la hausse de température prévue si nous ne parvenons pas à réduire drastiquement nos émissions de GES ».

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