Une orque observée avec un jeune globicéphale : adoption ou enlèvement ?

orque globicéphale
Crédits : Orca Guardians Islande

Des interactions entre orques et globicéphales ont été documentées à de nombreuses reprises et toutes impliquaient de la prédation ou des poursuites. Pour la première fois, une équipe décrit néanmoins un premier cas impliquant un bébé globicéphale à longues nageoires observé en position échelonnée avec une orque femelle adulte. Mais s’agit-il d’une véritable adoption ou d’un enlèvement ?

Une relation tendue

Les orques et globicéphales se ressemblent en certains points. Des épaulards ont été documentés vivant dans des unités matrilinéaires avec de fortes associations à long terme entre la mère et la progéniture. On pense que les globicéphales noirs forment des associations comparables. La philopatrie du groupe natal, où ni les descendants mâles ni femelles ne se séparent du groupe natal, a également été observée chez les épaulards, tout comme elle est suggérée pour les globicéphales.

Malgré tout, les relations entre ces deux espèces n’ont jamais vraiment été au beau fixe. Leurs interactions dans l’Atlantique Nord impliquent généralement de la prédation et des poursuites orchestrées par les orques envers les globicéphales.

D’un autre côté, un comportement antagoniste des globicéphales à longues nageoires envers les épaulards a également été documenté dans la mer de Norvège, dans le détroit de Gibraltar et dans les eaux islandaises. Dans ces cas de figure, les globicéphales chargent les orques sans jamais les atteindre, les épaulards impliqués manifestant généralement un comportement d’évitement non agressif. Le moteur de ces interactions dans les eaux islandaises est probablement la concurrence pour les ressources, les deux espèces exploitant des proies similaires (les poissons).

Ainsi, vous l’avez compris, aucune de ces deux espèces ne porte l’autre dans son cœur. Si les globicéphales recherchaient un « service de garde d’enfants », les épaulards ne seraient donc probablement pas en tête de liste. Cela explique donc la surprise des membres du groupe Orca Guardians Iceland qui ont observé une orque nommée Sædís passer du temps avec un bébé globicéphale en 2021. Cette interaction étonnante, qui n’avait jamais été observée auparavant, a fait l’objet d’un rapport dans le Canadian Journal of Zoology.

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L’orque adulte accompagnée du jeune globicéphale. Crédits : Orca Guardians Islande

Adoption ou enlèvement ?

L’observation, qui a duré environ vingt minutes, a été faite à l’ouest de l’Islande. L’orque semblait s’occuper de ce bébé comme s’il s’agissait de son propre petit. Le globicéphale n’a pas été observé en train d’allaiter, mais ce dernier nageait dans une position lui permettant d’utiliser moins d’énergie, emporté par l’onde de pression de l’adulte. Aucun globicéphale adulte n’était présent au moment de l’observation. En revanche, deux autres orques étaient à proximité. On ignore si le jeune globicéphale a survécu. Les biologistes ont bien revu Sædís l’année suivante, mais pas le bébé.

Les chercheurs ont émis l’hypothèse qu’il pouvait s’agir d’un comportement d’adoption. Des cas d’adoption interespèces ont déjà été documentés. En 2021, par exemple, des biologistes avaient par exemple observé un grand dauphin accompagné d’un globicéphale en Nouvelle-Zélande. L’année dernière, une baleine franche australe avait également été repérée accompagnée d’une jeune baleine à bosse au large de l’Australie.

Cependant, la thèse de l’enlèvement ne peut pas non plus être exclue. Bien que le jeune globicéphale n’ait pas été revu, Sædís a en revanche été aperçue en train de nager avec un groupe de globicéphales à longues nageoires l’année suivante, avant d’être chassée à plusieurs reprises. D’après les biologistes, cet événement était peut-être un effort visant à prélever un autre bébé de ce groupe.

En général, ces comportements d’adoption impliquent des mères ayant perdu leur propre enfant. Elles adoptent ainsi le jeune d’une autre espèce en remplacement. Cependant, nous savons que cette orque en particulier n’a jamais eu d’enfant, ce qui complique davantage la compréhension de ses véritables intentions.

On ignore donc si l’attraction entre ces deux spécimens était mutuelle ou simplement unilatérale. On ignore également la durée de l’association, ni comment elle a commencé et s’est terminée. Néanmoins, le rapport ajoute à la preuve que les interactions entre espèces de cétacés peuvent être plus complexes que nous ne le pensions.