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Et si l’accroissement de la banquise antarctique trouvait son origine dans les tropiques ?

Crédits : VISHOP / JAXA.

Selon de nouveaux travaux, l’expansion moyenne de la banquise antarctique depuis les années quatre-vingt résulterait de la variabilité naturelle du climat. D’échelle multi-décennale, cette dernière se serait opposée à l’influence du réchauffement de fond sur la période en question. Les résultats ont été publiés dans la revue Nature Climate Change le 14 avril dernier.

Si la banquise arctique essuie un déclin accéléré depuis le début des observations systématiques en 1979, celle qui ceinture le continent antarctique s’est au contraire légèrement étendue. Plus précisément, les mesures montrent une augmentation d’environ 1 % par décennie avec toutefois de fortes variations d’une année sur l’autre.

Banquise antarctique : une évolution contre-intuitive et un défi pour les modèles de climat

Non seulement le comportement des glaces de mer australes est contre-intuitif dans un contexte de réchauffement global, mais par ailleurs, les modèles climatiques ne parviennent pas à reproduire l’évolution constatée au cours des dernières décennies. En effet, la plupart d’entre eux simulent une tendance à la baisse. Pour ces raisons, l’évolution passée, présente et future de la banquise antarctique reste un point d’interrogation majeur.

« L’expansion observée de la banquise antarctique et l’écart entre les modèles et les observations ont laissé les climatologues perplexes pendant plus d’une décennie », relate Eui-Seok Chung, auteur principal d’une nouvelle étude portant sur le sujet.

Divers mécanismes ont été invoqués pour expliquer les tendances récentes et le désaccord entre les observations et les modélisations. Jusqu’à présent, aucun consensus n’a véritablement émergé quant à la contribution respective de chaque facteur. Toutefois, les recherches récemment dirigées par le professeur Chung pourraient bien changer cet état de fait.

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Extension de la banquise antarctique entre 1978 et 2022. Les données sont présentées en anomalies par rapport à la moyenne 1981-2010. Notez la tendance à la hausse jusqu’en 2014-2015, puis la chute spectaculaire entre 2016 et 2017. Crédits : Met Office.

« L’augmentation des apports d’eau douce par la fonte des plateformes glaciaires, les changements de circulation atmosphérique et océanique associés à l’appauvrissement de l’ozone stratosphérique induit par l’homme, et les téléconnexions tropicales ont été proposés pour expliquer l’expansion observée de la banquise antarctique, mais le problème est resté l’un des plus grands défis de la science du climat », résume Axel Timmermann, l’un des coauteurs du papier.

L’influence prépondérante de la variabilité naturelle multi-décennale

En étudiant non pas directement l’extension de la banquise australe, mais les températures de surface de la mer autour du continent blanc, les chercheurs annoncent avoir identifié comme principal facteur d’expansion la variabilité naturelle du climat, et tout particulièrement celle qui concerne le Pacifique tropical.

En effet, cette dernière possède d’importants modes multi-décennaux et communique facilement avec le domaine antarctique. De fait, certaines décennies, la variabilité naturelle peut surpasser l’influence du réchauffement climatique de fond et refroidir les températures de surface de la mer autour de l’Antarctique de sorte à favoriser une extension de la banquise. Cet élément permet également de comprendre pourquoi les modèles ne s’accordent pas avec les observations sur la période récente.

« La variabilité multi-décennale de l’océan Austral est étroitement liée à la variabilité naturelle tropicale dans les simulations des modèles, mais les liens sont nettement plus faibles que dans les observations », explique Malte Stuecker, coauteur de l’étude.  « Ainsi, le réchauffement de la surface de l’océan induit par l’homme domine dans l’océan Austral dans les simulations de modèles ».