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D’inhabituels orages se sont formés au-dessus de la banquise arctique

Image d'illustration. Crédits : pxhere.

Si les orages surviennent un peu partout dans l’hémisphère nord chaque été, ils restent un phénomène rare dans le bassin arctique. À ce titre, les perturbations observées en ce début de semaine au nord et nord-ouest des côtes d’Alaska ont été particulièrement inhabituelles pour la région.

En soirée du 12 juillet dernier, le service météorologique national de Fairbanks (Alaska) signalait dans un bulletin spécial la présence de plusieurs orages à une centaine de kilomètres au nord de Prudhoe Bay. Les cellules dérivaient alors au-dessus de la banquise en mer de Beaufort, générant au total plus de 1200 décharges de foudre sur leur trajet. D’autres orages se sont développés en mer des Tchouktches le 13 juillet, à l’image des jours précédents déjà inhabituellement foudroyés. L’animation ci-dessous illustre la situation au matin du 13 juillet, permettant d’apprécier le déplacement global d’ouest en est.

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Superposition de l’activité électrique (jaune) à l’imagerie satellite dans le canal visible au matin du 13 juillet 2021. Crédits : @NWSFairbanks.

Ainsi que l’explique le service météorologique de Fairbanks dans son communiqué, ce n’est pas tant la survenue d’orages en tant que telle qui est atypique. En effet, tous les un à deux ans, des cellules convectives formées au nord de l’Alaska ou de la Russie dérivent vers l’intérieur du bassin arctique et y amènent leur lot d’éclairs. Ce qui fait le caractère inhabituel est qu’ici, les orages n’ont pas été déportés depuis les terres, mais se sont formés sur place au-dessus de la banquise. Il s’agit donc d’un phénomène beaucoup plus rare dont l’occurrence aussi loin au nord est estimée à seulement une tous les cinq à dix ans.

Orages polaires : un phasage optimal entre instabilité et soulèvement dynamique

En cause, l’aspiration d’une masse d’air chaud et très humide issue de Sibérie orientale à l’avant d’un front froid évoluant d’ouest en est au nord de l’Alaska. Le phasage entre l’air instable en provenance d’un continent surchauffé et le soulèvement apporté par le front froid a donc permis à ces orages d’éclore. Notons que l’air près de la surface, refroidi et donc stabilisé par la présence de glace de mer, n’est pas un frein, car dans cette situation, tout se joue un peu plus en altitude. Autrement dit, les orages sont comme déconnectés de ce qu’il se passe près de la surface.

Image satellite dans le canal visible au matin du 13 juillet. Les orages alors présents en mer des Tchouktches (Thunderstorms) sont clairement visibles. Crédits : @AlaskaWx.

Les décharges électriques produites au cours de la dégradation, qu’elles soient survenues à l’intérieur même des nuages ou entre les nuages et le sol, ont été précisément mesurées grâce au réseau de détection de la foudre géré par la société Vaisala. Ce suivi fin et continu permet entre autres de mieux comprendre comment l’activité orageuse évolue en Arctique avec le réchauffement planétaire, d’autant que ce dernier s’articule à un rythme particulièrement rapide près des pôles. Un sujet fort quand on sait le rôle aggravant que peut avoir la foudre sur l’évolution du climat.

Damien Altendorf

Rédigé par Damien Altendorf

Habitant du Nord-est de la France, je suis avant tout un grand passionné de météorologie et de climatologie. Initialement rédacteur pour le site "Monsieur Météo", je contribue désormais à alimenter celui de "Sciencepost".