Une équipe de chercheurs décrit une nouvelle famille d’ophiures très spéciale à partir d’un seul spécimen prélevé à 500 mètres de profondeur au large de la Nouvelle-Calédonie. Ces animaux ont généralement cinq ou six bras. Ce spécimen en a quant à lui huit couverts de rangées d’épines acérées.

Au cours de sa carrière, le biologiste et spécialiste des grands fonds Tim O’Hara a étudié de nombreuses espèces d’Ophiures (Ophiuroidea), une classe d’Échinodermes proche des étoiles de mer à cinq bras (parfois six). Quelle ne fut donc pas sa surprise lorsqu’en 2015, il tomba sur un spécimen à huit bras, chacun mesurant dix centimètres de long et armé de rangées d’hameçons et d’épines. Un balayage au microscope révéla également un disque central composé de huit mâchoires, chacune tapissée dents acérées.

Prélevée en 2011 par des scientifiques du Muséum français d’histoire naturelle au sommet d’un mont sous-marin à 500 mètres de profondeur, environ 200 kilomètres à l’est de la Nouvelle-Calédonie, cette étrange créature a récemment fait l’objet d’une étude publiée dans le Journal de la Royal Society B.

Des trous en « nez de cochon »

Dans ce rapport, le chercheur souligne que cet animal, surnommé Ophiojura exbodi, ne représente pas seulement une nouvelle espèce d’ophiure. C’est également un nouveau genre et une nouvelle famille d’Échinodermes.

Dans le cadre de ces travaux, Tim O’Hara a contacté Ven Thuy, paléontologue au Muséum national d’histoire naturelle de Luxembourg, avant de lui envoyer une coupe de l’un des bras de l’animal. Après avoir traité le spécimen pour enlever sa chair et l’avoir recouvert d’or pour maximiser sa conductivité, le chercheur l’a passé sous un microscope électronique à balayage.

Cette analyse a révélé que les plaques de ce bras, qui se lient en une chaîne pour former son squelette, « avaient chacune une paire de trous, composée d’un trou nerveux et un trou d’attache musculaire« , peut-on lire dans le Times. D’après le chercheur, cette paire de trous ressemblait étrangement à un « nez de cochon ».

ophiures

Chacune des plaques de bras, qui forment ensemble le squelette interne de l’ophiure, a une paire de trous qui rappellent un museau de porc. Crédits : Ben Thuy, Muséum d’histoire naturelle du Luxembourg

Une lignée très ancienne

Dans ses souvenirs, aucun autre spécimen étudié à ce jour ne présentait une telle structure, jusqu’à ce qu’il jette un coup d’oeil à l’une des affiches placardées sur le mur de son bureau. Celle-ci décrivait quelques microfossiles du Jurassique inférieur découverts il y a quelques années dans le nord de la France, y compris des plaques de bras d’une ophiure fossilisée avec les mêmes ouvertures de museau. « C’était exactement la même chose« , a-t-il déclaré.

Ainsi, Ophiojura exbodi serait une « espèce fossile » qui n’a pas évolué depuis des millions d’années, à l’instar des coelacanthes. D’après une analyse phylogénétique, sa lignée singulière aurait émergé au Jurassique ou au Trias supérieur, il y a entre 160 et 200 millions d’années.

ophiures

Huit bras et beaucoup de dents. Crédits : Jay Black/Université de Melbourne

Ne pouvant s’appuyer que sur un unique spécimen mort, les chercheurs s’interrogent encore sur cette incroyable espèce. Une nouvelle expédition devrait normalement partir en juillet pour explorer les monts sous-marins de l’océan Indien. Peut-être tomberont-ils alors sur d’autres reliques ?