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Celui qui opéra Louis XIV d’une fistule anale

Portrait de Louis XIV en costume de sacre (huile sur toile, Hyacinthe Rigaud, 1701)

Charles-François Tassy est connu pour avoir été le premier chirurgien du roi Louis XIV. Le médecin s’est notamment illustré avec l’opération d’une fistule anale, l’un des nombreux maux dont le roi aurait souffert, le 18 novembre 1686.

Un roi victime de nombreux maux

Louis XIV n’avait pas ce que l’on appelle une santé de fer. Le Roi Soleil aurait en effet souffert de multiples furoncles, de la goutte, de maux de tête récurrents et de symptômes similaires à ceux du diabète. Son manque d’hygiène n’a probablement pas aidé (il n’aurait pris qu’un ou deux bains dans toute sa vie sous conseil de ses médecins). Rappelons toutefois que la représentation de la propreté n’était absolument pas pensée de la même manière à cette époque. Il n’empêche, d’après un émissaire russe à sa cour, le roi « puait comme un animal sauvage ».

Ceci étant dit, en janvier 1685, Louis XIV commence à se plaindre d’une douleur au niveau de son anus. Après inspection, il y a bien un gonflement. Au fil du temps, ce gonflement se développe en un abcès, puis en une fistule. Pour rappel, une fistule est une connexion anormale entre deux parties du corps (entre le rectum et la peau par exemple).

Le roi est d’abord traité avec des lavements, des lotions, avec un tisonnier chauffé au rouge et même une saignée. Aucun des traitements ne fonctionne et le roi continue de souffrir, au point d’être incapable de s’assoir correctement. Très vite, le pus s’invite également à la fête, obligeant Louis XIV à se changer régulièrement.

Arrive alors Charles-François Félix, chirurgien (et barbier), choisi pour opérer le roi.

Louis XIV fistule annale Charles-François Félix
Charles-Francois Félix de Tassy (1635-1703), premier chirurgien du roi Louis XIV.

La mode des fistules

Le chirurgien, qui joue sa carrière, s’entraîne alors sur de nombreux indigents de Paris rassemblés à l’hospice de Versailles. Au fil des mois, il perfectionne l’opération, la pratiquant sur environ soixante-quinze hommes en bonne santé.

On ne sait pas combien de sujets sont morts au cours de ces interventions – durant lesquelles le manque d’hygiène chirurgicale se faisait durement ressentir – mais celles-ci permirent à Charles-François Félix de mettre au point un instrument spécifique, un « bistouri royal » recourbé prolongé par un stylet. Le tranchant est également recouvert d’une chape d’argent afin de ne pas blesser lors de son introduction dans l’anus.

Le jour de l’opération, Louis XIV est allongé face à la fenêtre, tandis que deux apothicaires lui maintiennent les jambes écartées. L’intervention, qui dure trois heures, se déroule bien. Le roi se sent alors beaucoup mieux. Deux opérations similaires seront malgré tout effectuées plus tard dans sa vie.

Les conséquences de cette opération s’étendirent bien au-delà de l’anus du roi. Pendant un certain temps, une mode se répandit en effet parmi les courtisans, à Versailles, de se faire opérer de la fistule à la manière du roi. Plus important encore, la chirurgie acquit une meilleure réputation. À l’époque, les opérants étaient en effet moins considérés que les médecins. Bon nombre de personnes de toute l’Europe se rendirent alors en France pour profiter de leurs compétences en chirurgie.

C’est ainsi que l’anus d’un roi fit progresser la science du XVIIe siècle.