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On vous raconte la plus grande catastrophe maritime de tous les temps, il y a 75 ans

Crédits : Wilhelm Gustloff Museum

Il y a 75 ans, le Wilhelm Gustloff était torpillé en mer Baltique par un sous-marin soviétique. Plus de 9 000 passagers allemands ont perdu la vie cette nuit-là. La plus grande catastrophe maritime de tous les temps.

Nous sommes au début du mois de janvier 1945 et, côté nazis, la défaite est maintenant assurée. À Berlin, l’arrivée des troupes soviétiques est imminente. Le mythe du bolchévique sanguinaire, mangeur d’enfants et violeur de femmes, alimenté sans relâche par la propagande du 3ème Reich, sème alors la terreur dans les rues allemandes. En réponse à la situation, deux options possibles : mourir ou partir.

Beaucoup opteront pour le suicide. À l’époque, les capsules de cyanure étaient l’un des moyens les plus courants de mettre fin à ses jours. De nombreuses personnes se sont également pendues chez elles. Certaines en revanche, trop accrochées à la vie, décideront de fuir. Mais pas moyen de s’échapper par les terres. L’armée soviétique au Sud avait en effet coupé les routes. Seule solution : prendre la mer.

Un navire submergé

Se met alors en place l’opération Hannibal, un effort d’évacuation massif visant à mettre les civils, les soldats et les équipements nazis à l’abri. Des milliers de personnes convergent alors vers la ville portuaire de Gotenhafen (aujourd’hui Gdynia, en Pologne), où le Wilhelm Gustloff est amarré.

Avant la guerre, ce paquebot de 26 000 tonnes, construit par les nazis, était principalement réquisitionné pour des croisières destinées aux travailleurs. Le but : rapprocher la classe ouvrière du régime en place. Le navire a par ailleurs été nommé en l’honneur d’un leader nazi, assassiné en Suisse par un étudiant en médecine juif en 1936.

Toujours est-il que le bâtiment, autrefois utilisé pour récompenser les ouvriers méritants, s’est rapidement transformé en véritable Arche de Noé. Si au départ tous les billets étaient contrôlés, les nouveaux arrivants, épuisé et affamés, ont en effet rapidement investi les lieux. Et la situation est rapidement devenue incontrôlable.

Sur le papier, le paquebot pouvait contenir 1 865 personnes. Au final, plus de 10 000 personnes se sont entassées à l’intérieur (sans manifeste de passagers fiable, le nombre exact de personnes à bord lors du naufrage ne sera jamais connu). Ce que nous savons en revanche, c’est que le 30 janvier 1945, à midi, le bateau a enfin pris le large, sans savoir que quelques heures plus tard il serait torpillé.

Le Wilhelm Gustloff, photographié en Juillet 1940. Crédits : Wikipédia

Le S-13 à portée de tir

En effet, dès la tombée de la nuit, le brouillard n’autorisant aucune visibilité, les officiers décident alors d’allumer les feux de navigation du navire. Le sous-marin soviétique S-13, posté à quelques miles, n’en demandait pas tant.

À bord, le commandement d’Alexander Marinesko, un homme difficile à contrôler, porté sur la vodka et les femmes, venait de voir sa crédibilité entachée à cause d’une précédente mission avortée. Son autorité bafouée, il a alors vu en ce navire une occasion idéale de reprendre la main, voire même de paraître en héros auprès de sa hiérarchie.

Peu après 21 heures, le S-13 est enfin à portée (environ 700 mètres). Il déclenche alors trois torpilles, sur lesquelles sont inscrits des messages exprimant le désir des Soviétiques de se venger des souffrances infligées à leur population par les nazis.

Quelques secondes plus tard, trois explosions sont enregistrées : une dans les locaux d’habitation de l’équipage, une dans la pièce qui abritait les membres de la Marine auxiliaire navale, et la dernière au niveau de la salle des machines et des ponts inférieurs. Le navire ne s’en remettra pas.

“Dans l’eau, c’était la mort assurée”

À bord, c’est la panique. Les récits des survivants ont été largement perdus dans le brouillard de la fin de la guerre, mais certains ont néanmoins résisté. Horst Woit, qui n’avait que 10 ans à l’époque, se rappelle alors de ces gens – dont beaucoup d’enfants – piétinés à mort alors qu’ils tentaient de monter dans les rares canots de sauvetage disponibles. Lui a eu la chance de pouvoir embarquer.

Mais une fois à bord la situation devient rapidement incontrôlable, et le canot manque de basculer. Le jeune garçon tire alors un couteau dans la poche de l’uniforme de son oncle et prend la décision de couper les cordes. Le canot s’éloigne enfin, abandonnant dans l’eau des centaines de personnes luttant pour ne pas se noyer dans l’eau gelée de la mer Baltique.

« Cette décision de laisser toutes ces personnes à leur sort a été la plus difficile que j’ai jamais eu à prendre dans ma vie », a-t-il écrit. « Il y avait une sécurité relative à l’intérieur du bateau, mais dans l’eau, c’était la mort assurée ».

Plus de 9 000 morts

Un peu plus d’une heure après les trois coups assenés par le S-13, le Wilhelm Gustloff sombre finalement dans l’eau. On estime aujourd’hui que plus de 9 000 personnes ont perdu la vie cette nuit-là. C’est à ce jour la plus grande catastrophe maritime de tous les temps. Même les célèbres naufrages du Titanic et du RMS Lusitania, à eux deux, n’ont pas faits autant de morts.

Le lendemain matin, les eaux entourant le lieu de la catastrophe étaient remplies de corps sans vie, pour la plupart des enfants. Au total, 996 rescapés ont tout de même été sauvés par des navires accourus à la rescousse. Parmi eux il y avait un bébé, enveloppé dans des couvertures, coincé dans un canot à bord duquel tous les passagers avaient péri. Pour la petite anecdote, l’officier qui retrouva l’enfant l’a ensuite adopté.

Malgré l’ampleur de la tragédie, ce naufrage n’a pas eu beaucoup d’écho. Ni l’Allemagne nazie, ni l’Union soviétique ne prirent en effet la peine de diffuser largement la nouvelle. Il a fallu attendre des semaines avant que les premiers témoignages n’atteignent les pays alliés.

Mais là encore, on accorda peu d’attention aux milliers de victimes allemandes. L’extermination des Juifs ayant de surcroit été rendue publique à la même époque, après des années de guerre, peu de personnes furent enclines à éprouver la moindre sympathie pour une population considérée comme nazie – ou tout au moins, nazie par association.

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