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On peut remonter le temps grâce au « caca » des chauves-souris

Crédits : CC0 Domaine public / Pxhere

Excellents engrais, les déjections de chauve-souris constituent également un registre fiable des changements climatiques. L’analyse d’échantillons de guano de chauve-souris (matière fécale) vieux de 1 200 ans aura notamment permis à des chercheurs d’appréhender certains des changements climatiques les plus importants survenus en Europe au cours de cette période.

Le terme « guano » désigne les déjections des oiseaux marins et des chauves-souris. Le guano est utilisé dans le domaine de l’agriculture pour fertiliser les sols. Il s’agit d’ailleurs d’un engrais organique d’origine animale. Mais saviez-vous que ces fientes pouvaient également nous permettre de remonter le temps, à défaut de pouvoir extraire des carottes de glace, ou océaniques ? Dans la région des monts Apuseni, dans le nord-ouest de la Roumanie, des générations de chauves-souris se sont d’ailleurs succédées pendant plus de mille ans, laissant au sol une véritable pile de guano haute de 3 mètres. Fumante, infestée de champignons et de cafards, elle n’en reste pas moins utile à la science.

Une équipe de chercheurs de l’Université de Floride du Sud, menée par Bogdan Onac et Daniel Cleary, s’est donc récemment appuyée sur « cette montagne de caca » pour forer une carotte de sédiments, lui permettant, comme certains pourraient le faire avec des carottes de glace, d’étudier les conditions climatiques passées de cette région du monde en sondant les fluctuations chimiques. Les chercheurs, qui détaillent leurs travaux dans la revue Scientific Reports, expliquent s’être principalement penchés sur la chitine, une molécule retrouvée dans les exosquelettes d’insectes (ingérés par les chauves-souris) qui permet de mesurer les quantités d’isotopes d’azote.

Crédits : jochemy / Pixabay

Un isotope est une variante d’un élément ayant un poids atomique différent. Deux isotopes stables d’azote existent dans la nature : N-14 et N-15. L’isotope N-14 est beaucoup plus abondant, à la fois dans l’atmosphère de la Terre et dans le tissu végétal et animal. N-15 est plus rare et plus lourd, et son rapport au N-14 peut être utilisé pour suivre les changements dans le cycle de l’azote — le grand processus de biochimie englobant notre planète. En analysant les 10 centimètres les plus hauts des sédiments de guano, puis en comparant les résultats avec les relevés météorologiques de la région, les chercheurs ont été en mesure d’établir un modèle très clair de la correspondance entre les isotopes d’azote et les précipitations hivernales.

Durant les périodes plus humides, N-15 était beaucoup plus abondant, ce qui est logique étant donné que la disponibilité de l’eau a un impact sur la quantité d’azote qui traverse la chaîne alimentaire, du sol jusqu’aux plantes, pour finir dans les fientes. Grâce à ces données, ils ont ensuite pu extrapoler les conditions météorologiques jusqu’en 1 650, révélant comment le phénomène météorologique connu sous le nom d’oscillation nord-atlantique (NAO) avait influencé le climat local. Des résultats importants, plus les chercheurs seront en effet en mesure de comprendre les changements climatiques passés et plus ils seront en mesure d’appréhender les changements futurs.

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