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Doit-on privatiser les espèces en voie d’extinction ?

Crédits : Pixabay

Nous sommes actuellement en pleine extinction de masse et d’ici 2050, les deux tiers des espèces de la planète pourraient bien disparaître. Pour pallier ce problème majeur, un professeur australien propose une approche insolite au problème : la privatisation de la faune !

En Australie, les animaux indigènes menacés d’extinction pourraient être loués à des propriétaires fonciers en vertu d’une proposition visant à la conservation des espèces menacées et de leurs habitats. C’est en tout cas ce que propose George Wilson, professeur adjoint à l’Université nationale australienne qui publie un papier dans la revue Conservation Letters. Le plan serait d’enrôler des propriétaires fonciers, des groupes communautaires et des investisseurs dans la lutte pour la conservation des espèces en danger et de leur permettre d’accueillir sur leurs terres privées des espèces vulnérables.

Techniquement, la proposition de Wilson suggère que des koalas, wallabies ou autres diables de Tasmanie pourraient ainsi trouver refuge sur des terrains de golf, dans des fermes d’agréments et d’autres propriétés. Des habitats « convenables » où les animaux seraient protégés dans le but de rétablir les populations locales, les colonies étant gravement décimées. L’homme reconnaît que le fait de « privatiser » la faune est une idée « radicale », mais qu’elle pourrait compléter les efforts de conservation menés par des organismes gouvernementaux sous-financés et des organisations philanthropiques.

« Ce que nous faisons à l’heure actuelle ne fonctionne pas », déplore le Dr Wilson. « La liste des espèces menacées devient plus longue de jour en jour et il est temps d’essayer autre chose. Les propriétaires terriens ont besoin d’incitations pour fournir un habitat décent aux populations animales décimées. Le secteur privé peut aider, mais l’idée est pour le moment exclue par les lois gouvernementales ».

Les chercheurs sont pour le moment à la recherche de collaborateurs pour un essai, y compris les propriétaires fonciers, des organisations du secteur privé et des investisseurs potentiels. Les partisans de la proposition comprennent notamment l’entrepreneur et philanthrope Dick Smith qui souligne « une initiative fantastique qui doit être appliquée de toutes les manières possibles ». Hugh Possingham, de l’Université du Queensland, biologiste et ancien directeur du Threatened Species Research Hub, a quant à lui souligné que nous étions « au milieu d’une crise d’extinction de masse » et que « cela valait la peine d’expérimenter une nouvelle approche ».

Il y a également des critiques à l’idée, certains suggérant que les animaux appartenant à des particuliers ne seraient pas libres, ou dans leur habitat naturel. Les critiques soulignent également le fait que la privatisation pourrait permettre à des propriétaires privés de créer des terrains de chasse d’animaux en captivité, comme c’est notamment le cas en Afrique australe. Mais comme le soutient Jim Rasford, gestionnaire de l’organisation à but non lucratif Bush Heritage Australia : « les initiatives qui stimulent l’innovation et apportent de nouveaux fonds pour la conservation méritent d’être examinées. Nous avons besoin de plus de ressources pour inverser la tendance à l’extinction des espèces ».

La proposition nécessiterait bien sûr la surveillance et le contrôle du gouvernement. Rappelons au passage que l’Australie figure parmi les pires nations au monde concernant le nombre d’espèces en danger, avec près d’un millier d’espèces concernées. Parallèlement, près de 85 % des terres en Australie sont aux mains de propriétaires privés. Établir des partenariats avec les institutions du secteur privé est donc essentiel pour inverser la tendance à l’extinction.