Dans le nord de la Colombie, des petits crabes violonistes ont une capacité exceptionnelle, à savoir ingérer et fragmenter d’impressionnantes quantités de microplastiques. Si ce lien avait déjà été établi auparavant en laboratoire, une nouvelle étude a permis de comprendre si ces crabes tentaient d’éviter la présence de plastique dans leur milieu naturel ou s’ils s’en accommodaient.
L’étonnante capacité de ces petits crabes
Le Minuca vocator est une espèce de crabe violoniste semi terrestre vivant dans les mangroves et vasières d’Amérique centrale et du Sud. Cette espèce, à l’instar des autres crabes violonistes, a la particularité d’avoir un mâle présentant une pince hypertrophiée (de taille démesurée) servant lors d’affrontements avec d’autres individus lors des périodes de reproduction. Cette pince s’agitant comme un violon peut également servir pour communiquer et contribue aussi à l’aération des sols. Dans le nord de la Colombie, l’espèce Minuca vocator a fait l’objet d’une nouvelle étude publiée dans la revue Global Change Biology le 17 décembre 2025. Les chercheurs de l’Institut des sciences marines de l’Université d’Antioquia (Colombie) ont focalisé leur attention sur la capacité de ces crabes violonistes à ingérer et dégrader les microplastiques présents dans les sédiments.
Les niveaux de plastique sont importants dans ces zones touchées par l’expansion urbaine et agricole, où le fameux crabe s’avère capable de dégrader ce type de particules en seulement quelques jours. Ces observations proviennent d’une expérience durant laquelle les chercheurs ont sélectionné cinq parcelles d’un mètre carré de mangrove urbaine, avant d’y pulvériser des solutions contenant des microsphères de polyéthylène, c’est à dire de minuscules particules plastiques prenant une couleur vive lors d’une exposition aux UV. Les auteurs de l’étude ont répété le procédé durant 66 jours, avant d’effectuer des prélèvements sur 95 crabes et dans le sol.

Une dégradation partielle qui n’est pas sans risque
Auparavant, les scientifiques avaient déjà démontré la capacité de Minuca vocator à ingérer et dégrader les microplastiques. La nouvelle étude avait pour objectif de savoir si cette capacité résultait ou non d’une adaptation du crabe à son environnement. Selon les résultats, les crabes avaient accumulé des concentrations de microplastiques 13 fois supérieures à celles que l’on retrouve dans les sédiments. Par ailleurs, ces particules n’étaient pas reparties de façon égale dans leur organisme. En effet, leur intestin postérieur concentrait la plupart des microplastiques. De plus, les chercheurs ont observé une fragmentation des particules (en nanoplastiques), suggérant que le « moulin gastrique » de l’animal pouvait favoriser le processus, avec un éventuel soutien de bactéries dégradant le plastique.
En revanche, il semble qu’il s’agisse ici d’une dégradation imparfaite et donc, partielle. Ainsi, les auteurs de l’étude ont affirmé que la capacité des crabes violonistes pouvait avoir un coût : la possible libération de nanoplastiques dans leur tissus, puis dans la chaine alimentaire. Pour les scientifiques, de nouvelles recherches sont nécessaires pour savoir si cette concentration en plastique pourrait impacter leur santé mais également, celle de leurs prédateurs. Toutefois, ces travaux confortent la fragmentation biotique comme étant une possible voie pour la dégradation des plastiques, notamment en ce qui concerne les océans.
Enfin, rappelons tout de même que les microplastiques se retrouvent aujourd’hui un peu partout sur Terre et ce, jusque dans les organismes humains. En aout 2025, une étude étasunienne explorait comment ces particules pouvaient franchir les barrières naturelles du corps et pénétrer les poumons, le cerveau ainsi que d’autres organes. Si est prouvé que les microplastiques sont capables de déstabiliser les défenses de l’être humain, un épais mystère demeure en ce qui concerne les impacts sur la santé sur le long terme.
