art raie
La "sculpture" de raie pastenague avec une barre de mesure (10 cm) pour échelle et une illustration d'une raie bleue. Crédits : Jan De Vynck (à gauche) et Paul Cowley et Alan Whitfield (à droite).

Il pourrait s’agir de l’œuvre d’art la plus ancienne connue représentant un animal

Une découverte récente effectuée le long des falaises près de Still Bay, sur la côte sud-africaine, suscite de vives spéculations parmi les chercheurs. Une relique remarquable par sa symétrie pourrait en effet être bien plus qu’une simple roche. Certains experts pensent qu’il pourrait en réalité s’agir de la plus ancienne œuvre d’art connue représentant un animal, en l’occurrence ici, une raie.

Une raie bleue

Des chercheurs de l’Université Nelson Mandela ont récemment mené une étude approfondie de cet objet intrigant découverte en 2018 à environ 330 kilomètres à l’est du Cap, en Afrique du Sud. Leur conclusion est saisissante : il s’agirait en fait d’une sculpture de sable représentant une raie pastenague bleue (Dasyatis chrysonata). En superposant des images de cette raie bleue avec l’objet rocheux, ils ont constaté une correspondance frappante en matière de taille et de proportions.

Scientifiquement connue sous le nom de Dasyatis chrysonata, elle appartient à la famille des Dasyatidés. Elle est présente dans les eaux côtières peu profondes de l’océan Indien occidental, notamment le long des côtes de l’Afrique du Sud, et se distingue par sa couleur bleu-gris et son ventre blanc, ainsi que par ses marques distinctives sur le dos. Elle possède également une queue longue et mince pouvant souvent injecter un venin potentiellement dangereux.

Comme beaucoup de raies, celle-ci passe également une grande partie de son temps à nager près du fond marin, se nourrissant principalement de petits poissons et de crustacés.

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La base de l’objet sablonneux, qui, selon les chercheurs, était une queue qui a depuis été cassée. Crédits : Jan De Vynck

Datation de l’objet

Pour dater l’objet, les chercheurs ont utilisé une technique appelée luminescence optiquement stimulée. Il s’agit d’une méthode utilisée par les archéologues et les géologues pour déterminer l’âge des matériaux contenant des minéraux, tels que le sable, les sédiments ou les roches qui ont été exposés à la lumière du soleil ou à des sources de rayonnement ionisant dans le passé.

Plus précisément, cette technique repose sur le principe selon lequel les minéraux accumulent des électrons excités lorsqu’ils sont exposés à la lumière ou aux rayonnements ionisants. Ces électrons peuvent ensuite être libérés progressivement au fil du temps lorsqu’ils sont soumis à une stimulation lumineuse ou thermique.

Dans le cas de la sculpture, les chercheurs ont prélevé des échantillons de sable autour de l’objet qui ont ensuite été analysés en laboratoire pour mesurer la quantité d’électrons piégés dans les minéraux du sable. En exposant ces échantillons à une stimulation lumineuse contrôlée en laboratoire, les chercheurs ont alors mesuré la luminescence émise par les minéraux, ce qui leur a permis de déterminer le temps écoulé depuis l’exposition initiale à la lumière du soleil.

Un art travaillé il y a 130 000 ans

Les résultats de cette analyse ont révélé que l’objet en forme de raie pastenague bleue avait probablement été créé à l’âge de pierre moyen, il y a environ 130 000 ans. Selon les chercheurs, il est plausible qu’un humain préhistorique ait tracé le contour de cet animal sur le sable, un peu comme un enfant construirait un château sur la plage.

Jusqu’à présent, les plus anciens exemples d’art figuratif connus étaient des peintures rupestres datant d’environ 45 000 ans sur l’île indonésienne de Sulawesi. Bien que certains pourraient être sceptiques quant à l’interprétation de cet objet, il pourrait bien s’agir de l’art animalier le plus ancien au monde.

Cette découverte jette ainsi une lumière nouvelle sur l’évolution de l’art au Paléolithique, suggérant que les premiers humains avaient peut-être déjà commencé à représenter des créatures réelles bien avant de ce que l’on pensait.

Les détails de l’étude sont publiés dans la revue Rock Art Research.

Brice Louvet

Rédigé par Brice Louvet

Brice est un journaliste passionné de sciences. Ses domaines favoris : l'espace et la paléontologie. Il collabore avec Sciencepost depuis près d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.