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Les œufs de poissons peuvent encore éclore après avoir été gobés par des canards

Crédits : 2554813/pixabay

Selon une récente étude, certains oeufs de poissons avalés par des canards pourraient finalement sortir indemnes de leurs excréments. Un mécanisme qui pourrait favoriser la propagation de plusieurs espèces, dont certaines peuvent être envahissantes.

Partout dans le monde, des poissons ont colonisé des plans d’eau isolés sans assistance humaine. On a longtemps suggéré que ces événements avaient été, et sont encore, assistés par des oiseaux aquatiques transportant des œufs attachés à leurs pattes et leurs plumes. Après tout, nous savons que ces oiseaux peuvent favoriser la propagation de graines ou d’invertébrés par ces moyens. Néanmoins, le support empirique pour le prouver fait défaut.

Récemment, il a été suggéré que l’endozoochorie (le transport interne via l’intestin) pourrait jouer un rôle plus important dans cette distribution des espèces. Orsolya Vincze, biologiste évolutionniste au Centre de recherche écologique de Debrecen (Hongrie), a testé cette approche au cours d’une expérience contrôlée.

Quelques survivants

Dans le cadre de ces travaux, dont les détails sont rapportés par ScienceNews, la biologiste et son équipe ont nourri huit canards colverts avec des milliers d’oeufs de deux espèces de carpes (commune et prussienne) considérées comme envahissantes.

Notez que ce qu’on appelle communément des “oeufs de poissons” ou de la “rogue” sont en réalité les ovaires des femelles destinées à nourrir les embryons en développement.

Au terme de cette étude, 0,2% des “oeufs” ingérés (18 sur 8 000) ont effectivement été relâchés dans les excréments des oiseaux. Et surprise : il étaient tous intacts. Autrement dit, tous étaient sortis indemnes du processus digestif de leurs assaillants. De plus, selon l’étude, tous ont éclos normalement par la suite.

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Crédits : pixel2013/Pixabay

Un mécanisme de dispersion négligé

On ignore encore si certains oeufs peuvent également survivre ainsi dans la nature, ces opérations ayant eu lieu en laboratoire. Mais si tel est effectivement le cas, cela pourrait favoriser la dispersion de certaines espèces de poissons envahissantes, suggère la biologiste.

En effet, si dans le cadre de cette étude certains oeufs ont été excrétés dans l’heure, d’autres ont tout de même passé plus de quatre heures dans le système digestif des oiseaux. Sachant que les canards migrateurs peuvent parcourir des dizaines, voire des centaines de kilomètres, avant de libérer ces oeufs, la question se pose.

L’étude identifie ainsi un possible mécanisme de dispersion des œufs de poissons à membrane molle jusqu’alors négligé.

« Bien que le nombre d’oeufs survivants soit faible, leur nombre peut s’additionner, faisant de la fiente d’oiseau un vecteur de propagation important de certaines espèces de poissons, souligne la biologiste. Après tout, une seule carpe peut libérer des centaines de milliers d’oeufs à la fois. Et il y a suffisamment de canards et autres oiseaux aquatiques dans le monde pour se gaver de leurs oeufs ».