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L’acidité grandissante des océans pousse les méduses à manger beaucoup plus

Crédits : lpittman / Pixabay

À mesure que les océans deviennent plus acides, les méduses commencent à manger beaucoup plus selon une étude. Si cet appétit se vérifie effectivement dans les océans du monde entier, il pourrait avoir un impact énorme sur les écosystèmes marins.

Une partie du dioxyde de carbone que nous libérons se dissout dans les océans où il devient de l’acide carbonique qui rend les océans moins alcalins et plus acides. Les scientifiques s’efforcent donc d’identifier quelles espèces seront les plus touchées, se penchant particulièrement sur les organismes qui jouent un rôle central dans la chaîne alimentaire marine : s’ils disparaissent, des écosystèmes entiers peuvent s’effondrer. Les copépodes sont notamment visés. Ces petits animaux forment un groupe de petits crustacés libres et parasites vivant dans l’eau de mer et dans presque tous les habitats d’eau douce. En mer, ils forment la base du plancton et la nourriture des poissons. En d’autres termes, la vie marine dans son ensemble dépend de ces petits crustacés.

Des études antérieures ont révélé que les copépodes peuvent être assez résistants à l’acidification des océans. Cependant, ceux-ci ont largement porté sur des espèces uniques, de sorte que les effets au niveau communautaire ont à ce jour été largement sous-estimés. Pour tenter d’en savoir plus, une équipe de biologistes menée par Edd Hammill, de l’Utah State University à Logan, ont recueilli du zooplancton (des copépodes) et l’un de leurs prédateurs gélatineux, Carybdea rastoni, une sorte de méduse présente dans les eaux australiennes. Ils ont maintenu le plancton dans des citernes contenant soit de l’eau de mer ambiante, soit de l’eau de mer acidifiée aux niveaux prévus pour 2100, puis ont ensuite introduit la méduse à la moitié des réservoirs. Après dix jours, les chercheurs ont ensuite compté les survivants.

Il s’avère que l’acidification de l’eau et la présence de la méduse ont réduit considérablement le nombre de copépodes, mais les deux combinés ont provoqué 27 % de morts supplémentaires par rapport à la somme des deux individuellement. Les méduses mangeaient davantage : elles engloutissaient près de 37 % des copépodes dans les réservoirs d’eau de mer ambiants, mais près de 83 % des copépodes présents dans l’eau acidifiée. Pour expliquer ces résultats, Hammill pense que les copépodes ont été affaiblis par l’eau acidifiée et que la méduse a profité, mais il n’exclut pas d’autres possibilités. Les méduses pourraient également se retrouver affaiblies, se ruant sur plus de proies pour survivre.

« C’est une expérience simple et intelligente avec des résultats intrigants », explique Nyssa Silbiger, de l’Université d’État de Californie, à Northridge. « Il souligne le besoin critique de mieux comprendre la dynamique de ces communautés en réponse aux conditions environnementales changeantes. Si ces résultats se traduisent dans les océans globaux ne serait-ce qu’un peu, cela pourrait avoir des effets potentiellement dramatiques et en cascade sur le réseau alimentaire océanique ». D’autres méduses sont susceptibles de répondre de manière similaire à l’expérience, c’est pourquoi les chercheurs envisagent maintenant de se concentrer sur les populations retrouvées en Arctique. « C’est le plus productif et l’un des plus grands écosystèmes du monde. Si le même modèle se produit, cela pourrait être très grave », explique Hammill.

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