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L’océan Austral centralise l’absorption de chaleur par les surfaces océaniques

Crédits : Wikimedia Commons.

Au cours des cinquante dernières années, plus de 90 % de la chaleur piégée par les gaz à effet de serre d’origine humaine ont été absorbés par l’océan, et tout particulièrement par l’océan Austral. Cette réalité a été confirmée et précisée par une étude publiée dans la revue Nature Communications ce 7 septembre.

Depuis le début de la révolution industrielle, nos émissions de gaz à effet de serre ont augmenté le chauffage global du système climatique d’environ 3 W/m². Or, cette chaleur additionnelle n’est pas répartie de façon homogène entre les différentes composantes du système. En effet, si seulement 1 % à 2 % servent à chauffer l’atmosphère, plus de 90 % servent à chauffer l’océan. Ce dernier agit donc comme un véritable thermostat planétaire qui amortit l’ampleur du réchauffement en surface.

La chaleur absorbée par l’océan est principalement le fait du bassin austral

La répartition de cette chaleur entre les différents bassins océaniques est également sujette à une forte asymétrie. Dans une nouvelle étude, des chercheurs ont ainsi montré que l’essentiel de l’absorption avait lieu au niveau de l’océan Austral, eu égard à la géographie très particulière de la région, avant d’être redistribué vers le nord en direction des bassins atlantique, pacifique et indien.

« L’Antarctique, qui est entouré par l’océan Austral, est également entouré par de forts vents d’ouest », souligne Maurice Huguenin, l’auteur principal de l’étude. « Ces vents influencent la façon dont les eaux absorbent la chaleur. Autour de l’Antarctique, ils peuvent exercer cette influence tout en restant ininterrompus par les masses terrestres, c’est la clé pour que l’océan Austral soit responsable de la quasi-totalité de l’absorption globale de chaleur par l’océan ».

océan austral
Représentation schématique de l’absorption de chaleur (flèches rouges), des pertes de chaleur (flèches bleues) et des transports horizontaux de chaleur (flèches noires) sur les cinquante dernières années. Chaque terme est divisé en trois composantes, celle de gauche étant la résultante entre la composante liée au vent (milieu) et thermodynamique (droite). Les chiffres sont donnés en joules au mètre carré et par an (couleurs) et en joules par an (flèches). Crédits : Maurice F. Huguenin & coll. 2022.

Les vents d’ouest en question sont connus des marins sous les termes de quarantièmes rugissants et cinquantièmes hurlants. Or, en soufflant sur les vastes étendues océaniques qui encerclent le continent blanc, ils induisent des remontées d’eau froide à leur droite. Après s’être réchauffée tout en se déplaçant vers le nord, l’eau plonge à nouveau. Cette circulation transversale liée à la rotation de la Terre enfouit d’énormes quantités de chaleur dans l’océan Austral.

« S’il continue de représenter la grande majorité de l’absorption de chaleur jusqu’en 2100, nous verrions sa chaleur augmenter jusqu’à sept fois ce que nous avons déjà vu jusqu’à aujourd’hui », rapporte le chercheur. Cependant, le service rendu n’est pas sans conséquence puisque ladite absorption induit un stress sur les écosystèmes marins, intensifie les phénomènes extrêmes comme les tempêtes et contribue à l’élévation du niveau des mers.

« Moins nous émettons de dioxyde de carbone dans l’atmosphère, moins nous verrons de changements océaniques et d’élévation du niveau de la mer », soulignent les auteurs. « Cela peut aider à limiter le niveau d’adaptation requis par les milliards de personnes vivant près de l’océan, en minimisant les effets néfastes du réchauffement de l’océan sur le niveau de la mer et leur principale source de subsistance ».