Les nuages pourraient aider à préserver les coraux, mais seulement si nous agissons assez vite

Récif d'Arlington (Grande Barrière de Corail). Crédits : Wikimedia Commons.

Le réchauffement climatique est une menace majeure pour les récifs coralliens, en particulier pour les coraux tropicaux. Or, de nouveaux travaux ont montré que les impacts délétères associés à une eau plus chaude pouvaient être atténués par les nuages. Les résultats ont été publiés dans la revue PLOS Climate ce 8 février.

Le blanchissement des coraux, en particulier des coraux tropicaux, est un phénomène qui survient lorsque la température de l’eau dépasse un seuil au-delà duquel les formations perdent leurs zooxanthelles, ces algues symbiotiques qui les recouvrent. L’amas calcaire constitué par les polypes est alors mis au grand jour, d’où la couleur blanche. Notons qu’à ce stade, le corail n’est pas encore mort. Si le stress reste passager, les algues peuvent revenir s’associer aux polypes et le corail regagne alors sa couleur.

Or, avec le réchauffement climatique, la fréquence et l’intensité des épisodes de blanchissement sont en hausse. Selon les projections usuelles, pas moins de 75 % des récifs coralliens devraient connaître des épisodes de blanchissement réguliers d’ici à 2035. Ajouté à l’acidification des océans, l’avenir des coraux, et notamment des coraux d’eaux chaudes, est donc loin d’être engageant. Une petite lueur d’espoir est toutefois mise en avant par des chercheurs de l’Université de la Colombie-Britannique (Canada).

Des parasols grandeur nature

Jusqu’à présent, les projections de l’évolution des coraux reposaient essentiellement sur celle des températures et donc du stress thermique associé. Toutefois, en prenant également en compte les nuages et leurs influences, les perspectives semblent un peu plus mesurées. La raison est qu’une température de l’eau plus élevée tend à favoriser la formation de cumulus. En agissant comme un parasol, les nuages diminuent ainsi l’exposition au rayonnement solaire et contrebalancent dans une certaine mesure les impacts liés à la hausse de la température de l’eau.

coraux
Fréquence de blanchissement pour tous les récifs coralliens pris en compte dans le cadre de l’étude, selon un scénario d’émissions de gaz à effet de serre optimiste (A, C) et pessimiste (E, G). Les encarts A et E montrent les résultats avec un modèle basé uniquement sur le stress thermique et les encarts C et G, sur un modèle qui prend également en compte les nuages. Crédits : Pedro C. González-Espinosa & Simon D. Donner, 2023.

Ainsi, dans un scénario optimiste où des actions fortes et rapides sont prises pour limiter les rejets mondiaux de gaz à effet de serre, la proportion de coraux régulièrement soumis au blanchissement passe de 90 % à 70 % en fin de siècle. Au rythme actuel et avec les nouvelles modélisations, 75 % des coraux devraient subir un blanchissement fréquent d’ici à 2045, dix ans plus tard que prévu initialement.

Intégrer la complexité pour mieux appréhender le futur des coraux

Les chercheurs ont également intégré la capacité des coraux à s’adapter et à s’acclimater au réchauffement, des paramètres qui repoussent encore un peu plus les échéances. Toutefois, à mesure que le climat continue de changer, ces effets modérateurs saturent. Par conséquent, s’ils peuvent protéger les coraux à court terme et pour un réchauffement limité, ils ne permettront pas de préserver ces écosystèmes pour des niveaux de réchauffement plus élevés.

« La prise en compte de variables supplémentaires, comme la lumière incidente et les nuages, est particulièrement importante pour identifier les refuges potentiels », rapporte l’étude dans sa conclusion. « Ces projections concordent avec des travaux antérieurs montrant que le centre et le sud du Pacifique, dont certaines parties de la Polynésie française, et le centre du Pacifique équatorial, dont les îles Gilbert de la République de Kiribati, les îles Phoenix et les îles de la Ligne, sont des régions où les récifs coralliens ont le plus de chances d’être protégés par les nuages des stress thermiques futurs ».