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Nouvelles technologies pour de nouveaux conflits

Crédits : iStock

L’avènement des nouvelles technologies a considérablement changé notre quotidien, mais il n’a pas non plus épargné l’industrie des armes et du renseignement. Autrefois régis par des lois précises, les conflits opposaient des hommes sur un champ de bataille à armes égales. Aujourd’hui, les drones, les munitions intelligentes ou la nanotechnologie imposent de nouvelles formes d’opposition qui posent des questions d’éthique, de politique et juridiques. L’encadrement en matière de législation possible ou nécessaire reste pour l’instant flou.

La notion de combat a largement évolué, et n’est plus la même qu’au XXème siècle. Les soldats ont moins de chance de mourir sur le terrain de la guerre face à leurs adversaires. Pourtant les conflits n’ont pas cessé, ils ont seulement pris une autre forme, et ils le doivent pour beaucoup aux nouvelles technologies. Ces nouveaux moyens de faire la guerre sont notamment nés avec les drones. Une technologie qui s’est largement accrue depuis ces dernières années et qui remplace maintenant les fusils.

L’usage des drones permet de tuer à des milliers de kilomètres, et les moyens de représailles pour les adversaires sont limités puisque les engins de guerre sont contrôlés loin du champ de bataille. Les combattants ne sont plus des hommes mais bien des robots.

En plus des drones, on retrouve aussi des véhicules terrestres sans pilote. Au départ, les robots servaient simplement à détecter et à détruire des bombes au bord des routes, ils vont maintenant jusqu’à inspecter les véhicules aux abords des postes de contrôle. Il existe aussi de nouveaux moyens de transmission, plus sûrs et plus performants, qui permettent l’interconnexion en réseau de tous les acteurs de l’espace de bataille entre eux et avec le QG. On trouve des munitions intelligentes pilotées au-delà de la vue directe. La nanotechnologie permet aussi d’imaginer de futurs conflits où des armes de la taille d’une guêpe feront la guerre. Tout a définitivement changé.

Pour John Keegan, historien militaire, cette nouvelle forme de commande à distance présente un risque de « dépersonnalisation de la bataille ». Cela entraîne dans le même temps une perte de conscience des actes commis. Mais surtout, ces technologies évoluent si vite que le Droit international doit s’adapter très rapidement, et plusieurs zones grises subsistent.

DES TECHNOLOGIES PAS FORCÉMENT MAÎTRISÉES

En avril 2015, le président américain Barack Obama a avoué une première bavure. Un drone a bien tué deux otages d’Al-Qaïda à la frontière entre le Pakistan et l’Afghanistan. L’Américain Warren Weinstein et l’Italien Giovanni Lo Porto ont été les premières victimes reconnues. La question se pose de savoir qui est coupable de ce meurtre. Le soldat qui appuie sur le bouton, le général qui donne l’ordre, les informaticiens qui le programment ou l’Etat qui en est propriétaire ? Le Droit international ne donne pas réellement de réponse.

D’autres désastres humains concernent les attaques aériennes américaines au Pakistan, qui auraient fait entre 1400 et 3500 morts dont un certain nombre de civils. Pourtant les décrets sur le Droit de guerre affirment bien que les civils doivent être épargnés. Les armes « intelligentes », comme les drones ou les avions furtifs permettent aujourd’hui des frappes virtuelles précises, mais cela manque encore d’encadrement pour respecter les droits fondamentaux. Il existe aujourd’hui des accords internationaux interdisant ou limitant l’emploi de certaines armes, comme les armes chimiques et biologiques, les armes incendiaires, ou les mines antipersonnel. Mais les technologies évoluent si rapidement que le Droit international a du mal à s’adapter.

LES RÈGLES DU JEU ONT CHANGÉ

La façon dont ces systèmes sont dirigés ainsi que les personnes à leurs têtes est assez imprécise. Ils le sont parfois par des civils, qui peuvent être des employés de sociétés privées. Ce cas pose la question du statut et de la protection de ces opérateurs. On peut se demander si leur formation et leur responsabilité sont suffisantes au vu des décisions de vie ou de mort qu’ils prennent. Des études ont montré qu’il est plus facile de prendre pour cible et de commettre des abus, si la personne est éloignée physiquement et émotionnellement de son adversaire.

Les nouvelles technologies ont véritablement changé l’approche des choses, autant dans la vie de chacun que sur le champ de bataille. Ce qui nous permet de commander à distance l’air conditionné de notre maison permet également de plonger dans le noir une ville située à l’autre bout du monde. Ce qui nous permet de télécharger des fichiers sur le web en un temps record, permet également de mener une cyberguerre à distance. Les 2000 hommes de l’armée chinoise affectés au cyberespace en sont la preuve. Et dans cette guerre informatique l’encadrement légal est lui aussi flou.

L’apparition des nouvelles technologies dans l’industrie de la guerre a modifié la nature des conflits, le lieu des conflits, et surtout les règles du jeu. La rapidité à laquelle les nouvelles technologies évoluent laisse planer le doute sur la façon dont le Droit international les encadre. Drones ou cyber-espions agissent encore trop de manière secrète. Les questions d’éthique et juridiques sont donc encore à clarifier.

PAR AURÉLIEN SPERANDIO

Article publié à l’origine sur Le Journal International, partenaire de SciencePost