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Une nouvelle expérience montre à quel point les orangs-outans ont des capacités prédictives exceptionnelles

Crédits : James_Jester / Pixabay

Cerise ou rhubarbe ? Sans n’avoir jamais goûté à un mélange de jus de fruits spécialement préparé, un orang-outan a été en mesure de savoir si ce cocktail aurait un goût agréable ou non, en recombinant les souvenirs de son passé.

Nous pensions que seuls les humains avaient cette capacité de prévision affective, dans laquelle les expériences antérieures sont utilisées pour évoquer des images mentales à des situations inédites. En règle général, la prise de décision s’avère beaucoup plus simple lorsque nous sommes guidés par l’expérience. Mais il nous arrive de ne pas avoir d’expérience, de ne pas avoir expérimenté telle ou telle situation. Dans de tels cas, la prévision affective prend le dessus, nous permettant de prédire, intuitivement, si telle ou telle situation sera agréable ou non. Des éléments d’expériences antérieures nous permettant de juger si vous allez ou non prendre telle ou telle décision.

Cette capacité n’était censée n’avoir évolué que chez les humains. Par exemple, compte tenu de l’expérience antérieure avec les ingrédients, mais en l’absence d’expérience directe avec tel mélange, nous pensions que seuls les humains étaient en mesure de prédire que le goût de la limonade serait plus agréable avec du sucre, par exemple. En revanche, tous les autres animaux restent coincés dans leurs expériences antérieures. Ils seraient incapables de réaliser qu’un nouveau mélange de jus de fruits connus aura de nouvelles qualités gustatives, qui dépendent de la combinaison des ingrédients. Face à ces nouvelles situations, les animaux se retrouvent généralement désemparés, et agissent par essais, ou par erreurs.

Pour examiner si la prévision affective n’était en effet limitée qu’à l’homme, une équipe de chercheurs a développé un test non-verbal pour évaluer la façon dont un animal répond à de nouveaux goûts. À 21 ans, l’orang-outan de Sumatra prénommé Naong et vivant au zoo de Furuvik en Suède faisait partie de l’étude, de même que dix autres personnes âgées entre 20 et 35 ans. Les tests consistaient à mettre au point, mentalement, de nouveaux mélanges de jus à partir d’ingrédients déjà connus, et à prédire si les produits finaux seraient agréables ou non. Pour se faire, ils ont combiné quatre ingrédients familiers (cerise, citron, rhubarbe et vinaigre) en six breuvages qu’ils n’avaient jamais goûtés.

Il a été constaté que, au même titre que les humains, l’orang-outan avait toujours fait des choix qui reflétaient ses préférences gustatives, intégrant mentalement des souvenirs pertinents pour générer de nouveaux mélanges liquides, et prédisant si le produit final serait savoureux ou non. L’animal, confronté à des situations inconnues, a fait des choix cohérents et n’a pas répondu de manière aléatoire par le biais d’essais et d’erreurs.

Ce résultat suggère que nous ne sommes pas les seuls à utiliser les expériences antérieures pour prédire ce qui se passera dans telle ou telle nouvelle situation. L’étude renforce l’idée que les orangs-outans possèdent des capacités mentales incroyables et une cognition flexible. L’expérience sera prochainement testée sur des chimpanzés, mais les chercheurs sont confiants. Selon eux, ce talent pourrait même s’étendre à d’autres espèces, comme les corbeaux ou d’autres corvidés.

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