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18,3 °C : un nouveau record de chaleur confirmé pour le continent Antarctique

Crédits : Pixabay / Department of Energy Atmospheric Radiation Measurement.

Le 6 février 2020, le thermomètre s’affolait sur la frange nord de la péninsule antarctique. En effet, une température maximale de 18,3 °C avait été relevée au niveau de la base scientifique argentine Esperanza. Il s’agissait de la valeur la plus élevée jamais observée à l’échelle du continent. Ce record de chaleur a été officialisé ce jeudi par l’Organisation Météorologique Mondiale (OMM).

L’analyse détaillée de la situation météorologique montre que cet épisode de fortes températures est à la fois dû à un transport très méridien d’air subtropical par des vents de nord-ouest et à un effet de foehn régional. On désigne ainsi l’élévation thermique liée à la compression de l’air lorsqu’il est rabattu vers le sol après avoir survolé une zone de reliefs. Ainsi, la frange orientale de la péninsule a vu son mercure s’élever brutalement en présence d’un vent turbulent.

Record de chaleur antarctique : la combinaison d’une météo extrême et d’un climat qui change

« La vérification de ce record de température maximale est importante, car elle nous aide à nous faire une idée de la météo et du climat d’une des régions situées aux confins de la Terre », note Petteri Taalas, secrétaire général de l’OMM. « La péninsule antarctique est l’une des régions de la planète qui se réchauffent le plus rapidement, près de 3 °C au cours des 50 dernières années. Ce nouveau record de température est donc cohérent avec le changement climatique que nous observons ».

Situation météo à grande échelle le 6 février 2020. Cette figure présente la masse d’air (palette de couleurs) et le champ de pression (lignes noires) vers 1500 mètres. L’Antarctique est au centre de l’image. On note l’advection d’air initialement situé dans les subtropiques en direction de la péninsule antarctique. Crédits : Wetter3

Le comité d’experts chargé de la vérification des extrêmes météorologiques a indiqué qu’aucune anomalie instrumentale ou d’exposition n’a été identifiée à la station de recherche argentine. Il confirme ainsi que la mesure a été effectuée dans de très bonnes conditions. Elle sera donc ajoutée aux archives des évènements météorologiques et climatiques extrêmes tenues par l’OMM. Ces dernières rassemblent des records aussi divers que variés : température, pluviométrie, vent, taille de grêlons, longueur des éclairs, etc.

Le précédent record continental pointé à 17,5 °C avait été relevé à la même station le 24 mars 2015, et ce, dans des conditions atmosphériques assez similaires. Précisons que si l’on considère l’Antarctique dans son ensemble, c’est-à-dire en tenant compte des îles situées au sud du 60e parallèle, alors le record tous mois confondus s’élève à 19,8 °C. Cet extrême avait en effet été mesuré le 30 janvier 1982 sur l’île Signy, dans l’archipel des Orcades du Sud.

Le chiffre de 20,75 °C définitivement invalidé

Ainsi que nous l’anticipions dans un article dédié, la valeur de 20,75 °C rapportée le 9 février 2020 par une station brésilienne de l’île Seymour et qui avait beaucoup fait parler d’elle sur les réseaux sociaux et dans les médias a été rejetée. Enregistrée par une station automatisée destinée au suivi du pergélisol, cette mesure a en effet peu ou pas de valeur du point de vue météorologique et climatologique. À cet égard, le comité d’experts a mis en garde contre la tendance à communiquer des informations de façon précipitée. Et pour cause, le processus de vérification nécessaire à l’élaboration d’archives de très haute qualité demande un certain temps.

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Emplacement de la station de la base de recherche Esperanza (haut, zoom de l’encart à droite). Localisation des stations de mesures sur l’île Seymour (bas, zoom de l’encart sur l’image du haut). Crédits : World Meteorological Organization

« Lorsque la nouvelle de ces observations est devenue connue, les médias mondiaux l’ont rapidement diffusée avec de gros titres indiquant des températures dépassant les 20 °C pour la première fois en Antarctique. Les exemples présentés ici illustrent pourquoi les médias doivent être prudents lorsqu’ils signalent des températures extrêmes », explique M. Randall Cerveny, rapporteur du Weather and Climate Extremes de l’OMM.

« Pour atteindre le niveau de précision absolue requis pour nos archives officielles des extrêmes, il faut beaucoup d’attention à de nombreux facteurs, tels que l’entretien, l’emplacement et le type des instruments, des facteurs auxquels les médias et le public sont rarement sensibles et qui prennent beaucoup de temps à étudier », détaille le scientifique.