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Nous sommes le « peuple du poulet »

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Une récente étude nous révèle que les Hommes mangent tellement de poulet qu’il ont totalement modifié la morphologie de ces oiseaux, en quelques décennies seulement. Le poulet se présenterait aujourd’hui comme un véritable « marqueur de l’Anthropocène ».

Les habitants du Néolithique (environ 9000 à 3000 ans avant J.-C.) tirent leur nom des poteries décoratives distinctives qu’ils fabriquaient. Nous pourrions également mentionner l’Âge de fer, ou l’Âge de bronze, qui se réfèrent ici aux matériaux utilisés. Qu’en est-il de notre époque ? Pourrait-on également n’être ramenés, à l’avenir, qu’à un symbole ? Possible. Les futurs humains pourraient en effet nous appeler le « peuple du poulet ». Et voici pourquoi.

Un poulet d’élevage « méconnaissable »

La consommation de poulet d’élevage, à la base originaire d’Asie, s’est considérablement accrue depuis les années 1950. Dès lors, l’intervention humaine s’est fait ressentir. La taille et la forme de l’oiseau, la chimie de ses os et sa génétique, n’ont aujourd’hui rien à voir avec ce qu’elles étaient autrefois. « Le poulet d’élevage moderne est méconnaissable par rapport à ses ancêtres ou à ses congénères sauvages, explique Carys Bennett de l’Université de Leicester en Angleterre, co-auteure de l’étude publiée dans Royal Society Open Science. Cette dernière mentionne un squelette surdimensionné, une composition chimique des os et une génétique différentes ».

Et tout s’est passé très vite : « Il n’a fallu que quelques décennies pour produire une nouvelle forme d’animal, contre des millions d’années normalement », poursuit en effet Jan Zalasiewicz, co-auteur de l’étude.

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« Un marqueur de l’Anthropocène »

Les chercheurs expliquent par ailleurs que, parce que nous avons modifié l’espèce et qu’elle est devenue une caractéristique majeure de la consommation alimentaire, le poulet pourrait être désormais considéré comme « un marqueur de l’Anthropocène ». Il s’agit de la période géologique marquant l’impact global de l’Homme sur l’écosystème terrestre.

« L’importance de la poule du milieu du XXe siècle est qu’elle constitue le premier très bon exemple de ce que les paléontologues appellent une nouvelle « morphospécie » – c’est un type de squelette distinctif pouvant être identifié comme un fossile – qui est apparue dans l’Anthropocène, c’est-à-dire après 1950, peut-on lire. Et à cette époque, il est devenu extrêmement abondant. À l’avenir, les humains trouveront et utiliseront des poulets comme marqueurs – ou espèces indicatrices – de notre époque ».

Une espèce façonnée par l’Homme, pour l’Homme

Les futurs archéologues ne seront donc pas dupes. En analysant de futurs fossiles, ces derniers se rendront en effet très vite compte que le poulet n’a pas été développé par la nature, mais bien façonné par une intervention extérieure. À partir de 1950, les os de ces oiseaux se sont peu à peu élargis et allongés. Résultat : un poulet est aujourd’hui quatre ou cinq fois plus gros qu’un spécimen de la même espèce dans les années 1950.

Quant à la génétique, de futurs géochimistes séquençant l’ADN de fossiles d’os de poulet pourraient également être en mesure de repérer une mutation permettant aux poulets domestiques de s’accoupler toute l’année, plutôt que de façon saisonnière. Et ça, ça n’a rien de naturel.

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