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Nos ancêtres ont probablement évolué par le voyage

Crédits : Pixel-mixer / Pixabay

Les chimpanzés qui voyagent loin et longtemps font un usage plus fréquent d’outils pour chercher de la nourriture. C’est le constat que livre une récente étude riche de sept années d’analyses menées sur le terrain.

Faire appel aux outils pour compenser les coûts énergétiques qu’entraînent les déplacements, telle est l’idée que soulève une récente étude menée sur le terrain, qui sera prochainement publiée dans la revue scientifique eLife.

Nous savons que pour débusquer de la nourriture a priori inaccessible, certains singes, dont les chimpanzés, font usage d’outils simples comme des bâtons ou des feuilles. Dans cette étude, les chercheurs de l’Université de Neuchâtel et de l’UNIGE ont voulu savoir quels facteurs poussaient les primates vers cette pratique.

« Nous avons analysé sept années d’expériences de terrain, dans lesquelles les chimpanzés devaient tenter de récupérer du miel depuis l’intérieur d’une bûche de bois (communément appelée “honey-trap experiment”) » explique Thibaud Gruber, premier auteur de l’étude. « Nous avons voulu savoir quels facteurs externes expliquaient leur motivation pour participer à l’expérience. »

Direction l’Uganda, dans la réserve forestière de Budongo où Thibaud Gruber et son équipe ont observé les comportement neuf communautés de chimpanzés durant près de sept ans.

Pour leur étude, les chercheurs ont présenté une bûche de bois remplie de miel aux primates. Inaccessible, les chimpanzés ont donc usé de malice. Sur toutes les tentatives d’accès au nectar répertoriées, 7 % ont impliqué l’utilisation d’outils : les chimpanzés avaient fabriqué des éponges rudimentaires en pliant ou mâchant des feuilles pour gratter l’intérieur de la bûche.

Mais le plus remarquable, c’est que les chercheurs ont démontré que les chimpanzés ne s’intéressaient véritablement à la bûche que sous une certaine pression écologique, en cas de manque de fruits dans la forêt notamment, mais aussi et surtout quand ces derniers avaient beaucoup voyagé pour trouver cette nourriture (plus de 10 kilomètres par jour). Par ailleurs, dans les cas où il y avait de la nourriture en abondance ou que les chimpanzés n’avaient pas besoin de beaucoup voyager, leur intérêt pour la bûche était moindre.

L’effet du voyage favorise l’utilisation d’outils

Dans un deuxième temps, les chercheurs ont en effet voulu savoir quels facteurs les poussaient directement à l’utilisation d’un outil. Il s’avère que le manque de nourriture n’y est pour rien : « Nous avons trouvé que seul l’effet du voyage, et pas celui de manque de nourriture, favorisait l’utilisation de l’outil. Autrement dit, plus les chimpanzés avaient voyagé dans la semaine précédant leur interaction avec la bûche, plus ils avaient de chance d’utiliser un outil dans leur interaction. Cela suggère qu’il existe un coût énergétique immédiat du déplacement que les singes pourraient compenser avec l’utilisation d’outils. »

Notons que la forêt de Budongo a longtemps fourni un environnement riche pour les chimpanzés. Cependant, au cours des dernières décennies, l’approvisionnement alimentaire a diminué de façon constante. Nous blâmerons l’Homme et son changement climatique. Les chercheurs suggèrent alors que le développement de l’utilisation d’outils pourrait également avoir été des réponses adaptatives à l’instabilité de l’habitat causée par ces deux facteurs.

« Quand les temps changent, vous devez adapter votre comportement et nos données montrent que les chimpanzés vont accorder plus d’attention aux possibilités offertes par leur environnement dans les périodes plus difficiles », explique le chercheur.

Le recours à des outils pour compenser l’effort du voyage n’est pas sans rappeler l’apparition de la bipédie qui s’est mise en place dans un but similaire au cours de l’évolution. Certaines théories suggèrent en effet que la bipédie a évolué pour contrer les coûts inhérents au voyage. Ces deux réponses pourraient avoir coévolué pour contenir les coûts énergétiques variant au cours du temps.

Source : Phys.org – Letemps