Neandertal s’attaquait à beaucoup plus grand que lui

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Neandertal en pleine partie de chasse. Source : Science

Les éléphants à défenses droites étaient les plus grands mammifères terrestres du Pléistocène. La cooccurrence de leurs restes squelettiques avec des outils en pierre interrogeait les chercheurs sur la nature des interactions entre ces animaux et les humains. Ces derniers s’attaquaient-ils simplement à leurs carcasses ou chassaient-ils délibérément ces éléphants ? Des fouilles menées en Allemagne témoignent de la seconde hypothèse. Les analyses montrent que la chasse aux éléphants, certains pesant plus de dix tonnes, faisait partie du répertoire culturel de Neandertal.

Mesurant près de 4,50 m de haut pour huit mètres de long et pouvant peser plus de onze tonnes, Palaeoloxodon antiquus, qui vivait en Europe au Pléistocène moyen et supérieur, était un véritable géant. À côté, même les mammouths faisaient pâle figure. Se pose alors la question : qui oserait s’attaquer à de telles mensurations ?

Les anthropologues ont longtemps cherché des preuves que Neandertal chassait le Palaeoloxodon (Homo Sapiens n’était pas encore présent dans la région), peut-être même jusqu’à l’extinction, mais les résultats ont toujours été ambigus. Une étude publiée dans Science permet d’y voir un peu plus clair.

Des traques délibérées

Dans le cadre de ces travaux, une équipe dirigée par Sabine Gaudzinski-Windheuser, du Centre de recherche archéologique MONREPOS, a analysé les ossements d’environ 70 éléphants vieux de 125 000 ans récupérés sur le site de Neumark-Nord 1, près de Halle, en Allemagne. L’étude met en évidence des signes de stries sur bon nombre de ces os qui ne peuvent provenir que d’outils en pierre utilisés pour trancher la viande.

Bien que la récupération d’éléphants morts puisse également laisser des marques comparables, la concentration de tant d’ossements en un seul et même endroit laisse plutôt à penser que ces éléphants ont bel et bien été chassés par Neandertal. De plus, les os provenaient en très grande majorité d’individus mâles adultes auxquels même les félins à dents de sabre les plus audacieux de l’époque n’osaient pas s’attaquer.

Neandertal éléphant à défenses droites
La Dre Sabine Gaudzinski-Windheuser examine le fémur d’un grand éléphant mâle adulte. Crédits : Lutz Kindler, MONREPOS

Le fait de chasser des mâles adultes gigantesques pourrait paraître risqué (et ça l’était ), mais ces animaux avaient tendance à être plus solitaires que les femelles et leurs petits qui vivaient principalement en groupe. La traque de tels spécimens impliquait probablement une dizaine d’individus. Les auteurs estiment également qu’il aurait fallu plusieurs jours à une équipe travaillant ensemble pour découper la carcasse. Avec autant de viande, une famille élargie de vingt-cinq personnes aurait pu tenir environ trois mois.

En effet, on imagine mal une équipe de chasseur prendre autant de risques pour perdre la majorité de la viande. Les auteurs pensent qu’au moins certains Néandertaliens vivaient en groupes plus importants qu’on ne pensait auparavant, bénéficiant probablement de compétences nécessaires pour sécher ou congeler la viande. Les auteurs postulent également que plusieurs tribus se réunissaient peut-être aussi pour creuser des pièges et profiter ensemble de la récompense. De tels événements auraient facilité les échanges culturels.

Ainsi, il devient de plus en plus clair que Neandertal disposait d’un arsenal complet de comportements adaptatifs lui ayant permis de réussir dans les divers écosystèmes de l’Eurasie pendant plus de 200 000 ans.