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La NASA pourrait-elle faire fonctionner l’ISS sans la Russie ?

L'astronaute Scott Kelly et me cosmonaute russe Mikhail Kornienko en 2016. Crédits : NASA

Selon plusieurs experts interrogés par Newsweek, la NASA pourrait gérer la Station Spatiale internationale (ISS) de manière indépendante si l’agence spatiale russe Roscosmos devait se retirer de la mission. Mais le jeu en vaut-il la chandelle ?

Comme le rapportait Sciencepost il y a quelques jours, le partenariat spatial vieux de plusieurs décennies unissant la Russie et l’Occident est en train de s’effriter peu à peu. Cette coopération a évidemment été remise en question ces derniers jours suite à l’invasion de l’Ukraine par Moscou. Le cas de l’ISS, longtemps présenté comme un symbole de coopération après la guerre froide, n’est pas non plus épargné.

Il y a quelques jours, Dimitri Rogozine, patron de l’agence russe Roscosmos, avait en effet remis en question la participation de la Russie au programme de la Station Spatiale internationale suite aux sanctions infligées à Moscou par les États-Unis. Or, il convient de rappeler que c’est le segment russe de l’ISS qui est responsable entre autres du guidage, de la navigation et du contrôle de l’ensemble du complexe orbital. Mais la Russie pourrait-elle vraiment quitter la station ?

La question divise

Bien que l’ISS ait toujours été une entreprise coopérative, Greg Autry, professeur de leadership spatial à la Thunderbird School of Global Management de l’Arizona State University, envisage malgré tout cette possibilité si les tensions continuent d’éclater.

« Toute la relation spatiale américano-russe est clairement menacée par la spirale descendante actuelle« , détaille le spécialiste à Newsweek. « C’était déjà tendu avec Roscosmos laissant entendre que la Russie pourrait quitter la station en 2025. Selon moi, il est clair que la NASA doit prendre d’autres dispositions, et j’imagine que nous verrons la Russie partir ou qu’on lui demandera de partir dans l’année. »

Jeff Hoffman, ancien astronaute de la NASA et professeur d’ingénierie aérospatiale au Massachusetts Institute of Technology (MIT), est un peu plus dubitatif. Ce dernier rappelle en effet que la Russie a récemment investi du temps et de l’argent dans on dernier module arrimé à l’ISS l’année dernière. « Je suppose qu’ils pourraient effectivement partir. Mais cela aurait-il un sens ? Je ne sais pas« , s’interroge-t-il.

De son côté, la NASA a déclaré qu’il n’était pas prévu de s’écarter de l’état de fonctionnement actuel de l’ISS. « La NASA continue de travailler avec tous nos partenaires internationaux, y compris la State Space Corporation Roscosmos, pour la poursuite des opérations sûres de la Station Spatiale internationale« , note l’agence. « Les nouvelles mesures de contrôle des exportations continueront de permettre la coopération spatiale civile américano-russe. Aucun changement n’est prévu dans le soutien de l’agence aux opérations en cours en orbite et au sol. »

Pendant ce temps, Roscosmos « continue de remplir ses obligations internationales pour assurer le fonctionnement de l’ISS« , assure Moscou. Une question se pose tout de même : en cas de nouvelles escalades et de départ de la Russie, les États-Unis pourraient-ils gérer seuls l’ISS ?

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Crédits : Darryl Fonseka / iStock

Oui, mais à quels prix ?

Jusqu’à récemment, une perte de coopération avec la Russie aurait été un coup dur pour les intérêts des vols spatiaux humains américains. Depuis 2011 et l’arrêt du programme de la navette spatiale, les astronautes comptaient en effet sur des fusées et des capsules russes pour se rendre vers l’ISS. Désormais, la NASA peut s’appuyer sur les fusées et capsules SpaceX pour effectuer des missions humaines et de ravitaillement. Ainsi, un abandon des Russes de la station n’affecterait pas le programme américain de ce point de vue là.

Comme dit plus haut, c’est bien la technologie russe qui est chargée de maintenir l’orbite de la station. Cependant, là encore, Hoffman et Autry assurent que les États-Unis pourraient se débrouiller seuls s’ils le devaient et qu’ils devraient peut-être commencer à planifier cette éventualité. La société de technologie aérospatiale et de défense Northrop Grumman teste d’ailleurs déjà un moyen de rebooster l’ISS en utilisant sa capsule Cygnus. Elon Musk a quant à lui également laissé entendre dans un tweet que SpaceX pourrait également aider en utilisant ses capsules.

Tous les systèmes russes apportant de la valeur à l’ISS pourraient ainsi être couverts d’une manière ou d’une autre dans les prochains mois. Mais le jeu en vaudrait-il la chandelle ? Rappelons que la Maison-Blanche avait récemment demandé à la NASA de se préparer à poursuivre les opérations de l’ISS jusqu’en janvier 2031, mais le gouvernement américain pourrait-il vraiment débourser autant d’argent pour garantir le train de vie d’un complexe orbital déjà condamné ? Pas si sûr. Une rupture de coopération pourrait en effet avoir de graves conséquences à long terme pour l’ISS, pouvant même conduire à sa désorbitation avant la date prévue.