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Mutinerie spatiale : quand des astronautes de la NASA se rebellent

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Crédits : gorodenkoff / iStock

Dans les missions Apollo, on se souvient surtout de Neil Armstrong ou du treizième vol du programme qui a bien failli tourner au drame. Pourtant, Apollo 7 est aussi entré dans l’histoire avec de nombreux événements marquants, dont la première mutinerie spatiale ! Entre mise en danger de la vie des astronautes, rhume et refus de suivre les ordres, voici le récit des pionniers de la rébellion en apesanteur.

Le traumatisme Apollo 1

Lors d’une séance de tests de la mission Apollo 1 en janvier 1967, un dramatique incendie éclate dans le module de commande. Le bilan est lourd, le traumatisme immense. La mort par asphyxie des trois astronautes américains bouleverse l’opinion publique. Les pouvoirs politiques commencent à douter de la viabilité des vols habités en direction de la Lune.

Toutefois, le choc est certainement plus grand encore à la NASA, et notamment chez les astronautes. Ceux qui ont perdu trois amis ressentent en effet la peur de voir le programme annulé. Cela signifierait alors que leurs camarades sont morts en vain. Heureusement, l’autorisation de continuer est donnée au programme Apollo, mais celui-ci prend du retard. Après le drame effectivement, la commission d’enquête révèle de nombreuses anomalies de conception, surtout dans le module de commande. Pendant plus d’une année et demie, les ingénieurs du programme spatial américain s’attellent donc à les résoudre pour qu’aucun autre décès ne vienne endeuiller la course vers la Lune.

Le lancement d’Apollo 7 et des hostilités

Après de nombreux essais sans équipage, le nouveau modèle du module de commande est jugé assez sûr pour envoyer des astronautes dans l’espace. C’est donc le 11 octobre 1968 qu’est planifié le lancement d’Apollo 7, la première mission habitée du programme lunaire de la NASA. L’objectif est de préparer en orbite basse les futurs vols en testant particulièrement le nouveau module de commande.

Les astronautes Walter Schirra, Donn Eisele et Walter Cunningham prennent alors place au sommet du vaisseau. La NASA maintient le vol, malgré des vents assez violents, mais qui ne le sont pas suffisamment pour annuler le lancement selon les critères de sécurité. Pour Walter Schirra, qui officie comme commandant de la mission, le programme spatial américain recommence à jouer avec la vie des astronautes, ce qui le met en colère contre le centre de contrôle situé à Houston, au Texas. Les fantômes d’Apollo 1 planent toujours alors que le compte à rebours est lancé…

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De gauche à droite, Donn Eisele, Walter Schirra et Walter Cunningham (crédits : NASA)

Un équipage qui suit davantage l’ordre de mission que les instructions

Heureusement, la mise en orbite est un succès et marque le premier vol habité du programme Apollo. L’équipage commence tout de suite son travail. Au programme, une délicate manœuvre de rendez-vous. La NASA demande alors aux astronautes de retransmettre la manœuvre en direct à la télévision américaine. Toujours bougon, Walter Schirra refuse de peur que cela trouble la mission.

Le canal vidéo n’a en effet pas été testé et il n’était pas prévu dans le planning que la manœuvre soit diffusée. En outre, le commandant commence à avoir un rhume et il n’a pas encore mangé. Le centre de contrôle acte le refus d’obéir aux instructions. Cela ne sera pas la dernière fois. Pour Walter Schirra, si la NASA ne suit pas les règles, son équipage n’a pas à le faire non plus.

Images de la première retransmission télévisée de la mission Apollo 7 (crédits : NASA)

Les microbes et un parfum de rébellion flottent dans l’air

Après plusieurs jours en orbite, les trois astronautes sont maintenant tous malades. Un méchant rhume court dans le module de commande, ce qui rend la mission difficile. En absence de gravité, le mucus ne s’écoule pas correctement, malgré la prise de médicament développé pour parer à cette éventualité. Leurs sinus et tympans sont donc bouchés.

Walter Schirra est de plus en plus irritable et discute les ordres de Houston. Il commente par exemple un test lors de la mission : « Je souhaite trouver le nom de l’idiot qui a imaginé ce test. Je veux le trouver et je veux lui parler personnellement quand je descendrai de là haut ». Les autres membres de l’équipage se plaignent à leur tour notamment du système de collecte des déjections humaines. Nous ne sommes alors pas loin d’une rébellion en orbite basse terrestre.

La mutinerie spatiale éclate

Le point culminant de ce conflit arrive à la toute fin de la mission. Les astronautes refusent de porter leur casque et leurs gants lors du retour dans l’atmosphère terrestre. Selon eux, le scaphandre les empêcherait de se moucher ou de se boucher le nez afin d’égaliser la pression dans leur système ORL, ce qui leur fait craindre que leurs tympans éclatent. Il s’agit cependant là d’une exigence inacceptable pour la NASA ! Les risques dépressurisation du module et de chocs à la tête sont en effet trop grands.

Walter Schirra clôt le débat en répondant à Deke Slayton, le légendaire patron des astronautes de l’agence : « Vous pouvez monter ici et nous les mettre ». Seul maître à bord, Walter Schirra mène la première mutinerie spatiale et contraint Houston à céder. Ils atterrissent le 22 octobre sans encombre, ni casque, avec des sachets de nourriture accrochés aux sièges afin de protéger leur nuque.

Un succès incontestable malgré la première mutinerie spatiale

Première diffusion en direct d’astronautes américains à la télévision, record du nombre de jours pour une mission habitée, premiers repas chauds servis en orbite, tests réussis du module de commande… Apollo 7 est un grand succès ! La mission a permis de rapprocher la NASA de la Lune malgré la rébellion de l’équipage. La mutinerie en 0G a même été riche d’enseignement pour les psychologues de l’agence.

On ignore la teneur des discussions au retour sur Terre des astronautes et la teneur des sanctions. Néanmoins, Donn Eisele, Walter Cunningham et Walter Schirra ne se dirigeront plus jamais dans l’espace après leur mutinerie spatiale. Les deux premiers ont demeuré à la NASA, mais ont été tenus loin du pas de tir. Quant à Walter Schirra, il a pris sa retraite après Apollo 7. Ironiquement, il prête par la suite son image à la télévision pour des publicités pour vanter Actifed, une version à destination du grand public du médicament contre le rhume qu’il a pris lors de la mission. Espérons que ce remède a eu un meilleur effet sur son compte en banque que sur ses relations avec Houston…