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Une mutation ancestrale contribue à rendre les chiens plus petits

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Crédits : RebeccasImages/Pixabay

D’après une étude publiée dans la revue Current Biology, une partie de l’ADN des chiens responsable de leur petite taille est plus ancienne que prévu. Cette mutation pourrait même remonter à des loups ayant vécu il y a plus de 50 000 ans.

Vingt-cinq gènes déterminent la taille des chiens. L’un des plus importants d’entre eux, IGF1, fut découvert en 2007 par Elaine Ostrander et son équipe, experts en génomique canine aux National Institutes of Health des États-Unis. Ce dernier serait responsable d’environ 15 % de la variance de la taille corporelle entre les races de chiens. En revanche, la manière dont il affectait ces tailles n’était pas claire.

Plus récemment, Elaine Ostrander s’est associée à Jocelyn Plassais, de l’Université de Rennes, pour étudier les données recueillies dans le cadre du projet Dog Genome des National Institutes of Health (NIH). Il s’agit d’un projet de science citoyenne dans lequel les propriétaires prélèvent des échantillons d’ADN de leurs chiens de compagnie.

En analysant cet ensemble de données (plus d’un millier de génomes de plus de deux cents races), ils ont finalement pu identifier une mutation « inhabituelle » non pas dans le gène IGF1 lui-même, mais plutôt dans l’ADN, qui régule son expression, influençant à son tour la taille corporelle du chien.

Une origine ancestrale

Pour rappel, chaque gène est composé d’une combinaison unique de quatre bases : adénine, guanine, cytosine et thymine qui codent pour une certaine protéine.

Cela étant dit, il existe ici deux versions, ou allèles, de cet extrait d’ADN découvert. Un allèle a une base de cytosine (C) supplémentaire qui provoque une taille corporelle plus petite. L’autre allèle a une base de thymine (T) supplémentaire qui provoque quant à lui une taille corporelle plus grande. Chaque chien hérite de deux allèles du gène (un de chaque parent). Autrement dit, chaque chien peut avoir deux versions du petit allèle, une de chaque ou deux du grand allèle. En examinant l’ADN proposé dans les données du Dog Genome, les chercheurs ont établi une corrélation majeure entre les allèles et la taille : les petits chiens étaient CC, les chiens de taille moyenne étaient CT et les grands chiens étaient TT.

Les chercheurs ont ensuite voulu savoir jusqu’où les allèles pouvaient être suivis dans l’évolution des canidés. Ils ont donc recherché la mutation dans l’ADN d’anciens loups et d’autres espèces actuelles à partir de génomes publiés dans de précédentes études. Ils ont alors constaté la présence de ces deux variants (C et T) chez les loups, coyotes et renards actuels, mais également chez un loup de Sibérie vieux de 54 000 ans. Auparavant, les chercheurs pensaient que l’allèle de petite taille était beaucoup plus récent que celui de grande taille. Or, comme nous le montre cette étude, ce n’était pas le cas.

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Crédits : Teerasuwat/Pixabay

La nature a joué un rôle, mais les humains ont bien aidé

Cette fameuse mutation du gène IGF1 semble donc avoir joué un rôle clé dans l’évolution des petits canidés tels que les chacals, les coyotes ou les chiens de chasse africains. Cependant, il est extrêmement peu probable que les petits chiens aient naturellement évolué pour devenir aussi petits qu’ils le sont sans l’intervention de la domestication.

« Le petit allèle a été maintenu à un niveau bas [chez les chiens] pendant des dizaines de milliers d’années jusqu’à ce qu’il soit sélectionné pendant de la domestication« , souligne Elaine Ostrander. « Cet élevage a permis de créer des chiens plus petits qui pourraient mieux chasser les petites proies, comme les lapins« . Ces petits chiens, fruits d’une sélection artificielle, sont apparus il y a entre 7 000 et 9 500 ans.