Il y avait des moucherons avant les dinosaures

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Une mouche domestique. Crédits : ROverhate/Pixabay

Une nouvelle découverte de fossiles datant de « seulement » quelques millions d’années après la plus grande extinction de masse essuyée sur Terre suggère que les diptères (un ordre de la classe des insectes comprenant des espèces désignées par les noms vernaculaires de mouches, syrphes, moustiques, taons ou encore moucherons) existaient bien avant l’avènement des dinosaures. Les détails de l’étude sont publiés dans la revue Papers in Paleontology.

Une larve de diptère

Au nord-est de Majorque (Îles Baléares, Espagne) se trouve un escarpement rocheux proposant des restes de plantes, de crustacés, d’insectes et de poissons intégrés à des sédiments déposés il y a 247 millions d’années. Il y a quelques années, le chercheur Josep Juárez avait découvert sur place une larve d’insecte complète imprimée sur l’un des côtés d’un rocher fendu. L’insecte vient de faire l’objet d’une étude approfondie.

Nous savons désormais que cette larve très bien conservée appartient à un groupe d’insectes que nous connaissons tous : les diptères. Il s’agit d’un ordre d’insectes qui comprend plus de 150 000 espèces différentes. Les diptères ont deux ailes fonctionnelles, mais contrairement à la plupart des autres insectes, leur deuxième paire d’ailes est réduite à de petites structures appelées haltères qui leur permettent de maintenir l’équilibre en vol.

Cet ordre comprend des insectes tels que les mouches, les moucherons, les moustiques et les taons qui sont souvent signalés comme des nuisibles ou des vecteurs de maladies. Cependant, certains diptères sont également importants pour les écosystèmes, car ils jouent un rôle dans la pollinisation, la décomposition des matières organiques et la régulation des populations d’autres insectes.

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La larve de moucheron représentant le plus ancien diptère connu. Crédits : CN-IGME CSIC.

Un monde post-apocalyptique

Des milliers de diptères fossiles ont déjà été trouvés à travers le monde. Ce spécimen est en revanche le plus ancien jamais découvert. Au-delà de la simple révélation de ce à quoi ressemblait un bébé moucheron en ces temps anciens, l’existence de ce fossile montre la remarquable capacité de ces insectes à s’adapter à un environnement post-apocalyptique.

Cette larve évoluait en effet 247 millions d’années, soit « seulement » quelques millions d’années après l’extinction de masse la plus dramatique de l’histoire de la vie sur Terre. Il y a 252 millions d’années, on estime en effet que 95 % des espèces marines et 70 % des espèces terrestres ont disparu. À l’époque, d’énormes quantités de magma s’étaient élevées depuis les entrailles de la Terre au niveau de l’actuelle Sibérie pour finalement cristalliser les roches environnantes, libérant ainsi des quantités phénoménales de gaz à effet de serre dans l’atmosphère. Le climat changeant, le vivant ne pouvait plus tenir.

Ici, les chercheurs ont ainsi pu observer certaines des adaptations des premiers diptères à cet environnement du début du Trias. Certaines parties du système digestif de cette larve, ainsi que les ouvertures externes de son système respiratoire (comparable à celui de certains insectes modernes) étaient en effet toujours observables. Les auteurs ont nommé l’espèce Protoanisolarva juarezi ou « larve anisopodoïde ancestrale de Juárez » en l’honneur de celui qui l’a découverte. Le précieux fossile est actuellement conservé à l’Institut catalan de paléontologie Miquel Crusafont.