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Morphée dédaigne les astronautes

Crédits : skeeze / Pixabay

Une étude financée par la Nasa révèle que près de 8 astronautes sur 10 souffrent d’un manque de sommeil lors des vols spatiaux et ont alors recours aux somnifères. Les résultats des recherches, parues ce vendredi dans The Lancet Neurology, pointent également les risques liés à l’amoindrissement des performances dans ce milieu hostile.

La privation de sommeil est un sujet de plainte récurrent parmi les astronautes. Le Docteur Laura Barger et son équipe de l’Université Harvard se sont penchés sur la question en étudiant de près le sommeil de 85 astronautes ; 64 d’entre eux ont volé sur la navette américaine entre 2001 et 2011, les 21 restants ont séjourné sur la station spatiale internationale ISS entre 2006 et 2011. Le nombre élevé de participants ayant pour but « de caractériser un schéma représentatif du sommeil chez les astronautes » selon Laura Barger.

Une surveillance de tous les instants

Autre particularité de cette étude, la prise en compte des cycles de sommeil précédant et suivant les séjours dans l’espace : sur des intervalles de quelques semaines, les chercheurs ont accumulé plus de 4000 nuits de données sur terre. Pendant leurs escapades en orbite, les astronautes étaient surveillés grâce à un actigraphe, un dispositif portable mesurant les cycles de veille et de sommeil. Plus de 4200 nuits furent ainsi enregistrées dans l’espace.

Les résultats montrent que la nuit de sommeil d’un astronaute dure environ 6 heures (5.96 heures pour les missions en navette et 6.09 heures pour les résidents de l’ISS), soit 2 heures et 30 minutes de moins que ce que la Nasa préconise. La charge importante de travail, l’impesanteur et le confinement sont autant de facteurs qui perturbent le sommeil et raccourcissent sa durée lors des vols orbitaux, poussant les astronautes à prendre des somnifères « pour être sûrs de dormir pendant le temps qu’il leur reste » expliquent Mathias Basner et David Dinges, deux spécialistes du sommeil de l’université de Pennsylvanie également publiés sur The Lancet.

Un équipage moins réactif en milieu hostile

Laura Barger prévient des dangers d’une telle situation dans son rapport : « La capacité pour un membre d’équipage à agir de façon optimale s’il est réveillé par un signal d’urgence peut être compromise par l’utilisation de médicaments contre l’insomnie », point de vue que partagent également Basner et Dinges. « L’espace constitue un environnement des plus hostiles », soulignent-ils. « Une durée et une qualité de sommeil suffisantes sont cruciales pour garantir la performance et prévenir des erreurs fatales et des accidents ».

Sources : TheLancet, sciences et avenir