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Le monstre de Tully divise encore la communauté scientifique

Crédits : SEAN MCMAHON / YALE UNIVERSITY

Une étude récente conteste les résultats de recherches antérieures qui prétendent que le Monstre de Tully, qui appartient à l’ancien genre Tullimonstrum Gregarium, est un vertébré. Selon la paléobiologiste Lauren Sallan, de l’Université de Pennsylvanie aux États-Unis, ces conclusions sont erronées.

Il y a quelques mois des chercheurs déclaraient ce mystère vieux de plusieurs décennies résolu, deux études distinctes avançaient en effet des preuves solides que l’animal était un vertébré (une lamproie, plus exactement). Ces conclusions ont été sérieusement remises en doute par une équipe de paléobiologistes menée par le Dr Lauren Sallan, de l’université de Pennsylvanie. Dans une nouvelle étude publiée dans la revue Palaeontology, Sallan et ses collègues prétendent que les deux études sont remplies d’erreurs. Le mystère du Tullimonstrum gregarium reste donc entier.

La première étude publiée en 2016 avait examiné près de 1 200 fossiles du Monstre de Tully, la plupart découverts à Mazon Creek dans le centre de l’Illinois. Les chercheurs avaient alors observé une bande légère au milieu de la créature qu’ils considéraient comme une notocorde, une sorte de colonne vertébrale primitive commune aux Chordés (un vaste groupe d’animaux vertébrés qui comprend les poissons, les amphibiens, les reptiles, les oiseaux et les mammifères). Ils ont également prétendu que l’animal possédait des structures d’organes internes telles que des sacs à branchie et que les dents de l’animal ressemblaient à celles d’une lamproie. Mais Lauren Sallan et ses collègues estiment que ces conclusions se basent sur une incompréhension de la préservation des fossiles dans Mazon Creek qui gisait sous l’océan il y a 300 millions d’années. Or, en milieu marin, il est très peu probable que des structures internes aient pu se fossiliser.

La seconde étude rapportait il y a quelques mois des analyses faites par microscopie électronique. Les yeux du Monstre de Tully révélaient alors des structures connues comme des mélanosomes qui produisent et stockent de la mélanine. Le papier de 2016 arguait que la structure complexe des tissus dans les yeux de l’animal indiquait que c’était un vertébré. Mais les chercheurs de l’université de Pennsylvanie arguent que d’autres espèces en dehors des vertébrés (comme les arthropodes et les céphalopodes) possèdent également des yeux « complexes ».

Décrit scientifiquement en 1966, l’animal n’a jamais été définitivement identifié. Initialement, certains le considéraient comme un ver là où d’autres suggéraient qu’il s’agissait d’une sorte de mollusque, comme un concombre de mer. D’autres paléontologues se demandaient pourquoi ce ne serait pas une espèce d’arthropode comme le homard. Voilà pourquoi la communauté scientifique fut très surprise il y a quelques mois lorsque ces deux équipes de chercheurs avançaient des « preuves solides » que le monstre Tully était finalement un vertébré. Cette nouvelle étude publiée dans la revue Palaeontology réfute aujourd’hui chacun des éléments de preuves apparentes mis en avant par les deux précédentes études. Quant à la véritable identité du monstre, elle reste encore une énigme.

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