in

À quoi Michael Collins a t-il pensé une fois seul derrière la Lune ?

Le module lunaire de la mission Apollo 11 photographié depuis Columbia le 21 juillet 1969. Crédits : NASA

L’astronaute Michael Collins est décédé ce mercredi 28 avril 2021. L’homme s’était notamment illustrée lors de la mission Apollo 11 en tant que pilote du vaisseau Columbia. Alors que ses deux collègues marquaient l’histoire en surface, Collins s’était retrouvé seul pendant plus de 45 minutes tandis qu’il passait “de l’autre côté de la Lune”. Comment a-t-il vécu cette expérience ?

Des trois hommes qui ont marqué l’histoire en juillet 1969, il n’en reste plus qu’un : Buzz Aldrin. Alors que Neil Armstrong nous a quitté en 2012, Michael Collins l’a rejoint hier, après s’être vaillamment battu contre la maladie. “Mike a toujours affronté les défis de la vie avec grâce et humilité, et a affronté ce défi, son dernier défi, de la même manière“, ont déclaré ses proches dans un communiqué. “Il nous manquera terriblement. Pourtant, nous savons aussi à quel point Mike a eu de la chance d’avoir vécu la vie qu’il a vécue“.

Aujourd’hui, la nation a perdu un véritable pionnier et défenseur de l’exploration de longue date“, a déclaré Steve Jurczyk, administrateur par intérim de la NASA. “En tant que pilote du module de commande Apollo 11, alors que deux ses collègues marchaient sur la Lune pour la première fois, il a aidé notre nation à franchir une étape décisive“.

Un moment paisible

Au cours de la mission Apollo 11 de 1969, alors que Armstrong et Aldrin descendaient sur la surface lunaire, Collins, en orbite à une centaine de km au-dessus de leur tête, est ainsi resté seul dans son vaisseau, restant hors de portée de toute communication pendant plus de 45 minutes alors qu’il passait de l’autre côté de la Lune. Pour cette raison, certains l’ont ensuite appelé “l’homme le plus solitaire de l’histoire”.

Je suis seul maintenant, vraiment seul et absolument isolé de toute vie connue“, écrira t-il plus tard dans son mémoire de 1974 (Carrying the Fire), en repensant à cet événement.

Collins était seul, effectivement, mais ce moment, il l’a vécu sereinement. “Derrière la Lune, c’était très paisible – personne au “Mission Control” ne m’embêtait pour que je fasse ceci, ou cela“, a-t-il déclaré il y a deux ans lors d’un événement du Explorer’s Club à New York. “Donc j’étais très heureux, c’était un endroit paisible“.

collins
Michael Collins en 1969 dans un simulateur du module de commande. Crédits : NASA, scanned by NASA Johnson

Inquiet pour des souris

Collins a toutefois révélé que son expérience en orbite autour de la Lune n’était pas que paix et tranquillité. Alors qu’il passait en revue les manoeuvres de rendez-vous possibles avec le module lunaire, l’astronaute s’inquiétait en effet pour ses amis – un groupe de petites souris blanches.

À leur retour de mission, les astronautes d’Apollo 11 ont en effet passé plusieurs semaines en quarantaine aux côtés de plusieurs rongeurs qui venaient d’être exposées à des échantillons lunaires. Les scientifiques les surveillaient pour déceler le moindre signe de détresse.

L’idée était que si les souris tombaient malades ou commençaient à présenter des comportements étranges, l’équipe qui surveillait les membres d’équipage saurait qu’ils avaient peut-être ramené avec eux des “germes lunaires”. Finalement, et heureusement, toutes les souris se sont bien comportées.

C’est ainsi que Michael Collins a vécu son expérience autour de la Lune, loin de toute vie sur Terre : il appréciait une pause bien méritée avec les contrôleurs de mission, et pensait à une colonie de souris.

collins
Michael Collins, Buzz Aldrin et Neil Armstrong vus à l’intérieur de l’installation de quarantaine mobile lors du voyage de retour au port à bord de l’USS Hornet. Crédits : NASA

Une carrière impressionnante

Bien sûr, Collins ne s’est pas illustré que durant la mission Apollo 11. Né à Rome en octobre 1930, il s’est tourné vers une carrière dans l’armée de l’air pour servir comme pilote de chasse. De 1959 à 1963, il a également servi comme pilote d’essai à Edwards Air Force Base en Californie, enregistrant plus de 4 200 heures de vol.

Collins a ensuite été sélectionné comme astronaute de la NASA en octobre 1963. Son premier vol était en tant que pilote de la mission Gemini 10, en juillet 1966. Après avoir servi de CAPCOM (capsule communicator) pour Apollo 8, relayant les informations entre le contrôle de mission et l’équipage, il a ensuite enchaîné avec Apollo 11. Au total, l’astronaute aura volé plus de 266 heures dans l’espace.

Collins a pris sa retraite de l’armée de l’air en tant que général de division et a quitté la NASA en 1970. Il est alors devenu secrétaire d’État adjoint aux affaires publiques. En 1971, il rejoint la Smithsonian Institution en tant que directeur du National Air and Space Museum, avant d’être nommé vice-président de LTV Aerospace and Defense Co. en 1980.

Cinq ans plus tard, il a quitté ses fonctions pour devenir consultant indépendant et donner des conférences sur l’espace, avant de prendre une retraite bien méritée.