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Le métal dans la peau

Crédits : iStock

Stupeur et fascination, fin juin au Musée national des sciences et de la technologie de Tokyo : Kodomoroid et Otonaroid, deux robots androïdes présentent le JT japonais comme de véritables humains. Si l’esthétique ne trompe pas, les robots-journalistes semblent plus vrais que nature en avouant êtres « un peu nerveux », et donc ressentir des sentiments… humains. Des premiers espoirs à la création de robots autonomes, les réactions humaines oscillent entre peur et émerveillement. Récit d’une relation mécanique.

La tentation de créer des androïdes, étant à la fois semblables et complémentaires à l’humain, n’est pas nouvelle : Leonard de Vinci illuminant le XVIème siècle de ses talents, partageait déjà avec nous ce doux rêve. Enfoui dans ses multiples carnets, un chevalier-robot, capable de bouger, prenait vie sous sa plume.

Les siècles défilent, étalant sous les yeux éblouis de ses spectateurs, les premiers balbutiements de la science. Le canard de Vaucanson, l’automate parlante Euphonia d’Eugène Faber ne sont qu’une poignée d’exemples formant aujourd’hui les vestiges des premières réalisations du rêve robotique.

Mais, ce n’est qu’au XXème siècle que ce songe s’habille de réalité, avec la naissance du premier robot industriel nommé par les Américains « Unimate ». La technique d’intelligence artificielle transforme le monde encore incertain des automates. Ces derniers seront à terme dotés de capacités intellectuelles comparables à celle des humains. La machine est lancée, à mesure que le temps coule, nous créons nos doubles mécaniques. Le vieux désir de créer un automate effectuant des taches préétablies s’étoffe avec l’élargissement de nos capacités scientifiques. Désormais, il s’agit de créer un être mécanique autonome, capable d’interagir avec son environnement.

ROBOT, QUI ES-TU ?

La définition du mot « robot » dévoile son utilité première, à savoir « effectuer certaines tâches à la place de l’homme ». Initialement donc, les automates n’ont pas vocation à remplacer ou concurrencer l’homme mais bien plus à l’aider, le rendre plus efficace via une relation de complémentarité. A ce titre, les robots ont une importance cruciale pour aider les chercheurs dans leur conquête des étoiles. C’est ainsi avec amusement que la Terre a accueilli il y a une poignée de jours un « selfie » venu de Mars, célébrant la première année de Curiosity – robot de la Nasa- sur la planète rouge.

Néanmoins, si les automates et les hommes devraient en théorie se compléter en toute sérénité, les robots effraient les hommes autant qu’ils les fascinent. La science progresse à une vitesse fulgurante, entraînant dans son sillon de nouvelles ambitions pour les automates. Autrefois créés pour faciliter, améliorer la vie humaine, ils deviennent nos propres reflets, en mieux. Enfants de la science, ils méconnaissent la faiblesse, la crainte et sont programmés pour devenir à terme nos clones dénués des vices et défauts propres à l’humain. Les robots sont à chaque expérience davantage humanisés, or c’est bien cette ressemblance ne cessant de se perfectionner qui fascine, donne à réfléchir, voire fait naître la crainte. Crainte de l’inconnu, d’un inconnu qui semble gagner en puissance et en rayonnement.

Pour familiariser le public à ces « ovnis », le cinéma crée Wall-E un robot écolo, aussi attachant qu’un humain, parti au bout de l’univers par amour.
La science prouve quant à elle que si l’homme le désire, il peut nouer avec un automate une réelle relation. Et pour cause, Pepper le robot, qui vient d’être dévoilé au Japon, est capable de détecter les émotions humaines et de réagir en conséquence. Ce robot émotionnel au visage de poupon est une véritable main tendue vers le monde des humains. Et il semble que ce ne soit que le début, comme l’explique l’informaticien reconnu Raymond Kurzweil dans ses prédictions : les militaires travaillant quotidiennement avec les robots, remettent leur vie aux mains de leurs automates et en sont en conséquence très proches. Pourquoi n’en serait-il pas de même pour la globalité des hommes ? Si l’on en croit le directeur du département de l’intelligence artificielle chez Google, d’ici quelques années, nous pourrons développer de véritables idylles avec nos clones mécaniques.

QUAND LA CONSCIENCE DICTE LA SCIENCE

Néanmoins, la crainte de cet inconnu semblable mais si différent demeure. En 2001 déjà, sortait un film désormais culte en matière robotique : A.I Intelligence artificielle.

Dans ce monde imaginé, les robots sont initialement de véritables pansements aux douleurs des hommes, et permettent d’atténuer la perte d’un enfant en le remplaçant par un robot plus vrai que nature. Mais, cet automate programmé pour aimer et propager le bonheur autour de lui doit faire face aux réticences humaines, allant jusqu’à déclencher une guerre entre les deux espèces. Si ce film est imaginaire, il révèle cependant les craintes de l’homme face à la robotique, à la crainte d’être dépassé par sa propre création. Ces « robots-presqu’humain » que nous parvenons à créer aujourd’hui révèlent nos propres faiblesses tout en étant la clé permettant de les palier. La relation entre homme et robot va se concrétiser dans un futur proche, et ces derniers pourraient, bien loin de concurrencer l’homme, l’aider médicalement, et peut être même sentimentalement.

En effet, si face aux automates l’occident est peureux, l’orient est curieux, et semble vouer aux robots un avenir des plus radieux. Sur la robotique, l’éthique et la science sont en balance, entre régulation et perfectionnement, et il n’appartient qu’aux hommes de découvrir ce que les robots peuvent nous apporter, comme l’explique les chercheurs Agnès Guillot et J.A.Meyer (Laboratoire d’informatique de Paris 6) dans leur livre « Des robots doués de vie » : « Ni anges orientaux ni démons occidentaux, les animats – animaux robots – sont avant tout des faits de culture qui dépassent ceux de la fiction : ils contribuent au savoir. Les applications en seront saines ou malsaines, selon l’éthique des chercheurs et des industriels. Mais, cela n’est pas le propre des roboticiens, c’est le propre de l’Homme. »

Par Marine Moresco

Article publié à l’origine sur Le Journal International (voir plus d’articles), partenaire du CitizenPost