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Si vous métabolisez moins bien les médicaments, c’est à cause de Neandertal

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Crédits : Nikola Solic

Lorsque nos ancêtres Homo sapiens se mêlèrent aux néandertaliens, ils ne savaient pas que ces rendez-vous influenceraient un jour la santé de toute une espèce. Une étude publiée récemment dans The Pharmacogenomics Journal suggère que la présence de gènes de Neandertal dans le génome humain moderne pourrait en effet compromettre la capacité de certains individus à métaboliser des médicaments courants.

Si nous sommes la seule espèce humaine habitant la Terre aujourd’hui, cela n’a pas toujours été le cas. Pendant des centaines de milliers d’années, nos ancêtres se sont en effet partagé la planète avec deux espèces apparentées : les Dénisoviens et les Néandertaliens. Nous savions également qu’il y a eu fornication avec ces deux espèces, en témoignent les nombreuses traces de ces autres espèces dans notre ADN.

Parfois, ces anciens gènes peuvent être bénéfiques. Une étude de 2020 avait notamment révélé qu’une femme européenne sur trois portait une variante du gène néandertalien codant pour les récepteurs de la progestérone. Cela signifie que ces femmes sont susceptibles de connaître des taux de fausse couche plus faibles et une fertilité accrue.

À l’inverse, il arrive aussi parfois que ces gènes néandertaliens soient un peu plus embêtants. En nous accouplant avec Neandertal, nous sommes en effet devenus plus sensibles aux allergies par exemple. D’après une étude, deux variantes d’un gène de cet ancien cousin réduiraient également l’activité d’enzymes clés permettant de métaboliser un certain nombre de médicaments différents.

Les « métaboliseurs lents »

Le métabolisme des médicaments se définit comme le processus durant lequel un médicament subit des transformations par une réaction enzymatique au niveau de différents organes. Ce processus amène à la formation de substances hydrosolubles facilitant leur élimination. Cependant, l’activité de ces enzymes peut différer d’un individu à l’autre. Cela signifie qu’une dose sûre de médicament pour une personne peut être nocive pour une autre.

Parmi ces protéines figure l’enzyme CYP2C9, codée par un gène présent sur le chromosome 10. Cette enzyme se présente essentiellement sous deux formes. La plus courante est connue sous le nom de CYP2C9*1. Elle est portée par environ 88% des Européens modernes. Les 12% restants portent un allèle appelé CYP2C9*2. Ce dernier ne diffère de CYP2C9*1 que par un seul nucléotide. Malgré tout, elle est environ 70% moins efficace pour décomposer certains médicaments tels que les anticoagulants ou les antiépileptiques.

Les porteurs du CYP2C9*2 peuvent ainsi être classés comme « métaboliseurs lents ». Ces derniers peuvent alors nécessiter des doses plus faibles de certains médicaments.

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Crédits : stevepb/Pixabay

Un héritage de Neandertal

Curieusement, les personnes porteuses de cette variante ont également tendance à porter une forme particulière du gène d’une enzyme appelée CYP2C8. Celle-ci joue un rôle clé dans le métabolisme des anti-inflammatoires, des agents chimiothérapeutiques et des médicaments proposés contre l’excès de cholestérol.

Connu sous le nom de CYP2C8*3, cet allèle se trouve également sur le chromosome 10, à environ 96,7 kilobases de l’allèle CYP2C9*2. Malgré la distance qui les sépare, le fait que ces deux variantes aient tendance à coexister signifie qu’elles peuvent être classées comme un haplotype (un ensemble de gènes situés côte à côte sur un chromosome).

Étant donné que des haplotypes de longueur similaire dans le génome humain ont déjà été retracés jusqu’aux Néandertaliens, des chercheurs se sont demandé si ces variantes génétiques pourraient également être héritées de nos anciens cousins. Pour le savoir, ils ont analysé des séquences génétiques prélevées sur des personnes de 146 familles différentes et les ont croisées avec une base de données de génomes de différents hominidés.

D’après les résultats de cette étude, ces deux variantes génétiques seraient en effet dérivées de l’ADN de Neandertal. Elles auraient intégré notre génome dès les premiers événements de métissage, il y a environ 60 000 ans. Ce n’est que grâce à l’avènement récent des produits pharmaceutiques modernes que les conséquences de ce processus sont devenues apparentes.