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Mesures de protection et Covid-19: la colère des salariés encore au travail monte, même dans la police

Crédits : Pxhere

Alors que les Français sont appelés à rester confinés chez eux, la colère des salariés dans les secteurs essentiels comme non essentiels se fait sentir. Dans les secteurs non essentiels, ceux qui ne sont pas au chômage technique, ni en télétravail, ou qui n’ont pas d’enfant à garder se sentent sacrifiés au nom de l’économie. Avec en plus, la peur de contaminer leur famille ou conjoint en rentrant chaque jour. On leur demande de continuer à aller travailler dans des conditions de sécurité sanitaire parfois douteuses…

Des mesures hasardeuses dans les secteurs non-essentiels

Les salariés concernés témoignent en masse sur les réseaux sociaux. Pour la plupart, dans les secteurs non essentiels (hors alimentation, santé, déchets et sécurité notamment), on ne leur donne pas de gants, pas de masque ni de gel hydro-alcoolique en entrant dans l’entreprise ou pour aller voir des clients. Etant donné que les professionnels de la santé et de l’alimentation sont prioritaires, il paraît difficile voire impossible d’équiper les travailleurs d’autres secteurs. En effet, certains CHU ont déjà lancé des appels à fabriquer des masques en tissu pour pallier au manque de stock en masques de type FFP2, réservés aux soignants.

Les responsables d’entreprises dans les secteurs non-essentiels à la vie quotidienne (alimentaire, hygiène, santé…) prennent des mesures jugées selon eux suffisantes. Par exemple, à Soitec à Crolles, les salariés qui ne peuvent pas télétravailler sont invités “à se laver les mains régulièrement, à ne pas se saluer avec les mains. Ils doivent entrer un à un dans les vestiaires pour se mettre en combinaison, et à la cantine, seulement des plats à emporter ou des sandwiches sont proposés.”

Crédits : Renateko – Pixabay

Quand on sait que le Covid-19 peut rester jusqu’à 3 heures sur des surfaces sèches ou dans l’air ambiant, en suspension, on peut toutefois douter de l’efficacité de ce type de mesures pour empêcher la propagation du virus.

Chez Precia Molen, les techniciens itinérants ont des lingettes désinfectantes pour se nettoyer les mains avant et après avoir rencontré leurs clients. Ils ont reçu les mêmes consignes : se laver les mains, ne pas se saluer avec les mains, éviter les regroupements avec d’autres salariés ou responsables. Ce sont les clients qui équipent, sur place, les techniciens avec des gants, des masques et du gel.

Interviewé par téléphone, le directeur général de l’entreprise, René Colombel, s’est exprimé sur ces mesures. Il a répondu que l’entreprise fait de son mieux pour éviter à leurs salariés de prendre des risques :

“Un maximum de personnes est en télétravail. Nous leur avons aussi demandé s’ils avaient une pathologie quelconque, afin de leur permettre de rester à la maison. Idem pour les parents qui devaient garder leurs enfants.” Le directeur poursuit, “dans nos deux usines, on veille à ce que les salariés ne soient pas proches l’un de l’autre, à ce qu’ils se lavent les mains régulièrement.”

À la question, “ne vous sentez-vous pas responsable des risques que vous faites courir à vos employés et à leur famille en leur demandant de venir travailler alors qu’il ne s’agit pas d’un secteur essentiel ?”, René Colombel rétorque :

“C’est l’Etat qui nous autorise à faire travailler nos salariés, nous avons une autorisation préfectorale. Par ailleurs, on ne peut pas arrêter l’économie française et mettre tout le monde au chômage ! Nous avons pris toutes les mesures pour qu’ils travaillent dans des conditions liées à cette pandémie. On fait tout ce qu’il faut pour que les gens travaillent en sécurité.”

L’entreprise STMicroelectronics, qui emploie des centaines de personnes, n’a pas répondu à notre interview.

Chez les routiers et les livreurs, la colère est également palpable et s’exprime là encore sur les réseaux sociaux.

CM : Comment se passe le travail en ce moment ? Quelles sont les mesures de sécurité pour les livreurs ?
Jean-François, routier : “La misère… Pas ou peu de sanitaires pour se laver, rien pour manger parce qu’on livre les supermarchés mais on n’a pas le temps de faire des courses… Reste les magasins de station sur l’autoroute et leurs prix exorbitants.”
CM : Vous avez demandé des masques et du gel ?
Jean-François : “C’est fait mais les masques c’est inutile si il n’y a pas de désinfection des locaux où on va…. Poignées de porte, papiers de transport,… Tout est contaminé… Pareil pour les magasins où tout le monde touche à tout.. Le gel ne sert à rien, il tue les bactéries pas les virus.”
Toutefois, le port d’un masque limiterait ne serait-ce qu’un peu les risques de transmission du virus des mains au visage.

Des appels à stopper le travail

L’Etat a sa part de responsabilité en autorisant les entreprises des secteurs non essentiels à continuer le travail lorsque le télétravail n’est pas possible. Pourtant, il faut réduire le nombre de personnes contaminées qui devront aller à l’hôpital mais pour cela, il faudrait peut-être que tout le monde soit confiné dans les secteurs non essentiels.

Sur les réseaux, les messages comme celui-ci se multiplient : “Tu n’as pas le droit de réunir avec ta famille mais tu as le droit de te mélanger avec tes collègues au travail” (et de ramener le virus à la maison !) La mesure a du mal à être comprise car elle n’est pas appliquée à tous ceux à qui elle pourrait l’être.

Un appel à abandonner son poste a été lancé par des salariés des Chantiers de l’Atlantique, qui refusent d’aller travailler :  « On est plus de 10 000 à travailler ici alors que tout le monde se confine ! »

Les salariés d’Amazon France demandent également l’arrêt du travail, sans licenciement. Comment va-t-elle gérer ce problème alors que la firme a annoncé aujourd’hui qu’elle continuerait à livrer des produits essentiels ? (Produits pour bébé, santé et produits ménagers, beauté et soin du corps, alimentation, matériel industriel et scientifique, produits pour animaux de compagnie.)

En Suisse, les syndicats romands ont lancé un appel national à “arrêter toutes les activités de production et de service qui ne sont pas socialement nécessaires et urgentes. Nos vies valent plus que leurs profits”, justifient les signataires de l’appel. 

Sur Facebook, les syndicats de police comme celui d’Alliance à Paris, de Rhône-Alpes ou de Haute-Garonne montent également au créneau. Ils menacent l’administration d’user de leur droit de retrait en raison du manque d’équipement de protection et du risque de contaminer leurs familles.

Source : Page Facebook Unité SGP 31

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