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La mer Méditerranée en proie à une surchauffe sans précédent

Crédits : Copernicus Marine Service / ECMWF.

Alors que des chaleurs records ont concerné l’Europe de l’Ouest au cours des dernières semaines, la mer Méditerranée n’est pas en reste. Ici, ce n’est pas l’air, mais l’eau qui atteint des températures exceptionnellement élevées. On parle de vague de chaleur marine, un phénomène dont la fréquence a d’ores et déjà doublé à l’échelle mondiale depuis la seconde partie du vingtième siècle. Il s’agit d’un coup dur pour la biodiversité marine.

Le nord-ouest de la Méditerranée est actuellement 4 °C à 6 °C plus chaud que la normale, avec un thermomètre qui avoisine les 30 °C au large de la Côte d’Azur. « Cette énorme canicule marine a commencé en mai en mer Ligure, entre la Corse et l’Italie », rapporte Karina von Schuckmann, océanographe à l’institut de recherche Mercator Ocean International situé à Toulouse. « Elle s’est ensuite propagée au golfe de Tarente, en mer Ionienne ».

Cela s’explique par une situation anticyclonique qui favorise l’installation de masses d’air caniculaire sur cette partie du bassin avec un ensoleillement très excédentaire. Comme elle s’associe à une quasi-absence de vent, cette configuration atténue dans le même temps le brassage des eaux chaudes de surface avec les eaux plus froides des profondeurs. Résultat : la chaleur s’accumule près de la surface.

Les vagues de chaleur marines : une menace croissante pour la biodiversité marine

Si elles tendent à faire le bonheur des vacanciers, ces valeurs records inquiètent les biologistes et les écologues, conscients de la menace qu’elles représentent pour nombre d’espèces animales et végétales incapables de vivre par de telles températures. Par ailleurs, à l’image d’un gros stock de carburant, l’accumulation de chaleur dans les eaux augmente le risque d’épisodes méditerranéens intenses à l’automne prochain.

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Anomalies de température de surface de la mer le 22 juillet dernier. Crédits : NASA.

« Il est important d’être conscient des conséquences possibles pour la faune et la flore locales, et de la survenue d’événements météorologiques extrêmes qui pourraient entraîner des catastrophes naturelles », relate l’Institut. Rappelons que la Méditerranée a déjà connu une succession d’épisodes de mortalité massive entre 2015 et 2019, tous associés à des vagues de chaleur marines.

Pour ces raisons, les écosystèmes marins se modifient à un rythme inédit. Tandis que certaines espèces disparaissent, d’autres prennent leurs quartiers en affectant au passage les activités économiques comme le tourisme ou la pêche. L’arrivée d’espèces invasives telles que les méduses Rhopilema ou les poissons-lapins est également en cours.

« Même si nous arrêtions d’émettre [des gaz à effet de serre] aujourd’hui, les océans qui contiennent 90 % de la chaleur de la Terre continueront à se réchauffer », souligne Von Schuckmann. « Depuis au moins 2003 [les vagues de chaleur marines] sont devenues plus courantes et à l’avenir, elles dureront plus longtemps, couvriront plus de mers et seront plus intenses ».