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Certains méga-feux ont des impacts similaires aux éruptions volcaniques

Pyrocumulonimbus capturé en Nouvelle-Gales du Sud le 4 janvier 2020. Crédits : Michael Thompson.

Le recoupement entre données observationnelles et simulations numériques a permis d’étudier en détail l’impact climatique des méga-feux qui ont ravagé le Canada et l’Australie il y a de ça quelques années. Les résultats ont été publiés dans la revue JGR Atmospheres le 4 mai dernier.

Les incendies qui ont frappé l’ouest du Canada en 2017 et l’Australie en 2019-2020 ont été si intenses que leurs fumées sont montées jusqu’en stratosphère. À cette altitude, les particules peuvent persister de nombreux mois et se répandre sur une grande distance en raison de l’absence de pluie et de la présence de vents forts. Ce faisant, elles vont interagir de façon significative avec les rayonnements solaire et terrestre, influençant par ce biais le climat global.

Des méga-feux scrutés sous tous les angles

Grâce aux nombreuses observations récoltées en 2017 et en 2019-2020, les scientifiques ont pu étudier avec une précision inégalée la propagation et les impacts associés à ces injections de particules dans la stratosphère. Si le méga-feu canadien a envoyé quelque 300 000 tonnes de fumée dans la haute atmosphère, ceux survenus en Australie en ont propulsé près d’un million avec un panache atteignant des altitudes supérieures à 30 kilomètres.

Propagation du panache de fumée issu du méga-feu canadien après cinq jours (haut), dix jours (milieu) et vingt jours (bas). À gauche, la quantité de fumée (en kilogramme par million de tonnes d’air), à droite l’épaisseur optique de la couche de fumée (zéro signalant une absence totale). Crédits : G. D’Angelo & coll. 2022.

« Ce sont les seules fois où nous avons suivi le phénomène de fumée à l’échelle mondiale grâce à des observations par satellite et en surface, ce qui nous permet d’améliorer nos modèles et d’en comprendre les impacts » relate Manvendra Dubey, auteur principal de l’étude. On notera que les fumées ont mis cinq à six mois pour être évacuées de la stratosphère suite aux incendies canadiens et plus de quinze mois après les incendies australiens.

Un impact refroidissant analogue à celui des éruptions volcaniques

Les simulations ont montré qu’en diminuant la quantité de rayonnement solaire arrivant en surface, les méga-feux australiens avaient refroidi la température moyenne de l’hémisphère sud de 0,1 °C à 0,2 °C pendant plusieurs mois. À cet égard, les brasiers se sont comportés d’une manière analogue aux fortes éruptions volcaniques. Toutefois, en ce qui concerne l’évènement plus faible de 2017, les chercheurs n’ont pas pu identifier un tel impact.

Idem que précédemment, mais à sept, quatorze et vingt-huit jours pour les incendies australiens. Crédits : G. D’Angelo & coll. 2022

Avec le changement climatique, les caractéristiques des feux de forêt changent et le font parfois de manière insoupçonnée. Par conséquent, il n’est plus possible de se baser uniquement sur les données du passé et le recours à la modélisation devient inévitable. Aussi, l’étude de ces méga-feux devrait permettre d’améliorer les modèles et d’ouvrir la voie à une prise en compte plus prégnante de leur évolution dans les projections futures.