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« C’est la première fois que cela se produit dans l’histoire du cancer »

Crédits : Christoph Burgstedt / iStock

Il s’agissait d’un petit essai impliquant seulement douze patients atteints d’un cancer du rectum qui prenaient le même médicament expérimental. Néanmoins, les résultats sont étonnants. Le cancer aurait en effet disparu chez chacune de ces personnes, devenant  alors indétectable par examen physique, endoscopie, TEP ou IRM. Les détails de l’étude sont publiés dans le New England Journal of Medicine.

Les cancers colorectaux sont les plus fréquents de tous les cancers, hommes et femmes confondus. Ceux du rectum représentent 40% de ces cancers et on recense environ 10 000 nouveaux cas par an en France. La majorité de ces maladies apparaissent après 60 ans. Pour rappel, le rectum est la partie terminale du tube digestif.

La chirurgie est le traitement principal du cancer du rectum à partir du stade 2. D’autres recours sont également possibles comme la chimiothérapie, la radiothérapie ou la chimioradiothérapie. La survie des personnes concernées s’élève à 63% cinq ans après le diagnostic. Il est donc nécessaire de trouver d’autres approches pour lutter contre la maladie, ce qui nous ramène à cette étude.

La promesse du dostarlimab

Des chercheurs du MSK Cancer Center de New York ont récemment lancé un petit essai dans l’espoir d’aider les patients à éviter les effets secondaires potentiels de la chirurgie (proctectomie). Cette intervention qui vise à enlever tout ou partie du rectum peut en effet causer des lésions nerveuses permanentes et des dysfonctionnements intestinaux, urinaires et sexuels.

L’équipe s’est intéressée au dostarlimab. Elle soupçonnait que ce médicament puisse aider à réduire, voire éliminer les tumeurs des patients sur la base d’essais antérieurs avec un médicament de la même classe appelé pembrolizumab. Celui-ci avait été proposé à des patients atteints d’un cancer colorectal métastatique (propagation des tumeurs dans tout le corps) avec déficience du système de réparation des mésappariements de l’ADN.

Rappelons à ce titre que ce type de cancer (qui a tendance à résister à la chimiothérapie et à la radiothérapie) apparaît lorsque les mécanismes cellulaires de réparation de l’ADN sont défaillants. Normalement, lorsque les cellules font des copies de leur ADN, des enzymes spécifiques corrigent les « fautes de frappe » qui peuvent survenir dans le code génétique. Lorsque les gènes qui codent pour ces enzymes sont défectueux, les cellules finissent par accumuler des fautes, ce qui peut conduire au cancer.

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Illustration d’une cellule cancéreuse. Crédits : iStock

Tous en rémission après deux ans

Dans ce nouvel essai, les chercheurs voulaient voir ce qu’un médicament similaire pouvait faire pour les patients atteints d’un cancer de ce type, mais qui n’était pas encore devenu métastatique. Pour ce faire, douze personnes ont été recrutées. Toutes ont reçu cinq cents milligrammes de dostarlimab toutes les trois semaines pendant six mois.

Initialement, les chercheurs s’attendaient à ce que la plupart des patients aient encore besoin de subir l’association standard de chimiothérapie, de radiothérapie et éventuellement de chirurgie après ce traitement. Au lieu de cela, les cancers des douze patients ont complètement disparu avec le dostarlimab seul. Leurs tumeurs étaient en effet indétectables à l’examen physique, à l’endoscopie, à la TEP et à l’IRM.

À ce jour, plus de deux ans plus tard, aucun patient n’a eu besoin de chimioradiothérapie ou de chirurgie et les auteurs de l’étude notent qu’aucun cas de progression ou de récidive n’a été noté au cours du suivi. « Je crois que c’est la première fois que cela se produit dans l’histoire du cancer, en ce sens qu’il s’agit du premier essai sur le cancer dans lequel chaque patient est entré en rémission« , a déclaré le Dr Luis Alberto Diaz, Jr., l’un des responsables de l’essai.

Il est naturellement encore trop tôt pour dire si les patients resteront tous en rémission ou si le médicament fonctionnera avec différents types de cancer du rectum. En l’état actuel des choses, le dostarlimab ne peut donc pas encore se substituer aux traitements curatifs standards. Cependant, il s’agit de résultats vraiment prometteurs.