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Chirurgie : comment les anciens médecins soulageaient la douleur de leurs patients

Crédits : Wellcome Images

Les anesthésiques font aujourd’hui partie intégrante de la médecine et comprennent une gamme de médicaments utilisés pour simplement gérer la douleur ou rendre les patients complètement inconscients. Le propofol est aujourd’hui l’anesthésique le plus utilisé par les médecins, permettant un rétablissement relativement exempt d’effets secondaires indésirables après une chirurgie, mais ce ne fut pas toujours le cas.

Gérer la douleur

L’anesthésie telle que nous la connaissons est une invention relativement nouvelle sur le plan historique, mais nous savons grâce aux archives que les médecins cherchent des moyens d’apaiser les douleurs intenses depuis des siècles.

De l’époque romaine à l’époque médiévale déjà, certains textes évoquent une mixture élaborée à partir d’un mélange de bile de sanglier, d’opium, de jus de mandragore, de ciguë et de vinaigre portée au nez des patients pour induire la somnolence en préparation d’une opération. Notez que l’opium et le laudanum (opium dissous dans l’alcool) deviendront des analgésiques courants en Europe à partir des années 1600.

Naturellement, tout n’était pas parfait. En effet, les dosages n’étaient pas adaptés aux patients ni à leurs besoins. Par ailleurs, certaines substances pouvaient être dangereuses. Quand la mandragore à fortes doses pouvait provoquer des hallucinations, une arythmie cardiaque et, dans les cas extrêmes, la mort, d’autres comme l’opium et le laudanum pouvaient créer une dépendance.

Ainsi, à ces époques, les médecins devant effectuer des chirurgies invasives (beaucoup moins nombreuses en ces temps) se devaient d’être aussi rapides et précis que possible. « Remontez à plus de 150 ans et les opérations devaient être brèves« , explique en effet à LiveScience Tony Wildsmith, ancien archiviste royal au Royal College of Anesthetists du Royaume-Uni. « L’efficacité et la précision sous la pression du temps sont devenues une mesure de la compétence d’un chirurgien« .

Méthodes douteuses

Au cours de l’histoire, des méthodes plus inhabituelles sont également apparues. L’une d’elles, qui remonterait à la Grèce antique, était la compression des artères, et notamment de la carotide, pour rendre quelqu’un inconscient. D’autres compressaient également les nerfs dans le but de provoquer un engourdissement soudain des membres. Selon le Royal College of Anesthetists, en 1784, le Britannique John Hunter amputa notamment un membre sans douleur grâce à cette méthode.

Une autre technique de gestion de la douleur beaucoup plus douteuse était le « mesmérisme« . Cette croyance pseudoscientifique combinait des éléments de l’hypnose avec des théories selon lesquelles chacun de nous avait un champ de force sous forme de fluide pouvant être manipulé avec des aimants. Le médecin autrichien Franz Anton Mesmer, à l’origine de la technique, pensait qu’il pouvait placer les patients dans un état d’inconscience en contrôlant ce fluide malléable.

Ces pratiques ont gagné en popularité en Europe et en Inde jusqu’au milieu des années 1800, avant d’être finalement discréditées au profit de nouveaux candidats plus prometteurs pour le soulagement de la douleur et la sédation.

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Crédits : Wellcome Images

De la pseudoscience aux bases de l’anesthésie moderne

Dès le milieu des années 1800, les scientifiques et les chirurgiens s’intéressèrent en effet de plus en plus à l’éther, fabriqué en distillant de l’éthanol avec de l’acide sulfurique. En 1846, un chirurgien-dentiste américain du nom de William Morton effectua ainsi une opération publique au cours de laquelle il retira sans douleur une tumeur du cou d’un patient « shooté » à l’éther gazeux.

Dans le même temps, d’autres chirurgiens prouvèrent également qu’un autre composé appelé chloroforme pouvait soulager lui aussi la douleur lors de l’accouchement et d’autres interventions chirurgicales.

Ces deux substances ont permis aux chirurgiens de gérer plus efficacement la douleur de leurs patients, permettant ainsi des chirurgies plus longues et soignées. De nos jours, aucun des deux gaz n’est plus utilisé en chirurgie, mais l’éther et le chloroforme ont définitivement jeté les bases du développement de médicaments plus sûrs et plus efficaces dont nous pouvons tous profiter aujourd’hui.