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Mars : le jour où Pathfinder a « cassé Internet »

Crédits : Nasa/JPL

Mars Pathfinder est une mission de la NASA lancée en 1996. Contrairement aux projets précédents, l’atterrisseur était également équipé d’un rover appelé Sojourner. À l’époque, il s’agissait d’une première qui avait suscité énormément d’attention.

Le long voyage de Perseverance touche à sa fin. Lancé le 30 juillet 2020, le rover devrait atterrir à l’intérieur du cratère Jezero ce jeudi 18 février. En cas de réussite, il sera le cinquième rover de la NASA à atterrir sur Mars, après Sojourner (1997), les rovers jumeaux Spirit and Opportunity (2004) et Curiosity (2012). C’est le premier qui nous intéresse aujourd’hui.

Le petit rover Sojourner avait été libéré sur la planète rouge dans le cadre de la mission Pathfinder, en 1997. La NASA s’était déjà posée sur Mars auparavant avec ses deux atterrisseurs Viking en 1976. Néanmoins, comme leur nom l’indique, ils n’étaient « que » des atterrisseurs. Autrement dit, ces deux engins sont restés statiques. En 1997, Sojourner fut donc le tout premier véhicule terrestre à se déplacer sur une autre planète. Et à l’époque, ça a fait (beaucoup) de bruit.

« Pathfinder a cassé Internet »

Les photos renvoyées par le rover, exploité par le Jet Propulsion Laboratory en collaboration avec la NASA, ont en effet rapidement attiré l’attention du public. En un jour, les sites de Pathfinder ont établi un record avec 47 millions de visites, ce qui est toujours très impressionnant selon les normes actuelles. Une demande qu’un World Wide Web encore naissant ne pouvait tout simplement pas combler.

« Pathfinder a cassé Internet« , se souvient Jim Zimbelman, géologue émérite au Smithsonian’s Center for Earth and Planetary Studies. « Il y avait tellement de demandes de téléchargement de photos que le JPL n’était pas prêt à y faire face« .

À titre de comparaison, les 47 millions de vues enregistrées le 8 juillet (le jour de l’atterrissage) représentaient plus du double des hits enregistrés l’année précédente durant n’importe quel jour des Jeux Olympiques de 1996 à Atlanta. Finalement, la NASA et le JPL ont mis en place une vingtaine de sites « soeurs » pour tenter répondre à la demande et à la curiosité du public. Au total, les sites Web de Pathfinder ont enregistré 565 millions de visites dans le monde entre le 1er juillet et le 4 août 1997.

L’intérêt du public avait commencé à monter l’année précédente, lorsque les scientifiques ont annoncé la découverte d’une météorite martienne en Antarctique qui contenait des signes d’une possible vie extraterrestre. La NASA, qui préparait Pathfinder pour un lancement ultérieur, décida finalement d’avancer la mission qui décolla pour la planète rouge en décembre 1996.

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Vue du site d’exploration de la mission Pathfinder à Ares Vallis. On distingue nettement à l’horizon deux collines baptisées Twin Peaks. Crédits : NASA/JPL

Atterrir grâce à des airbags

Cette mission était également inhabituelle pour une autre raison. À l’époque, la NASA et le JPL craignaient que Pathfinder et Sojourner ne survivent pas à la traversée de l’atmosphère martienne en utilisant uniquement des parachutes et des rétrofusées. En outre, les chercheurs craignaient que la chaleur des moteurs ne « cuise » la surface, empêchant finalement la collecte d’échantillons propres à des fins d’analyse. Au lieu de cela, ils ont donc proposé une solution différente : un système d’airbags.

Concrètement, la mission Pathfinder s’est appuyée sur une combinaison de quatre méthodes de descente. Tout d’abord, un bouclier thermique a été utilisé lors de son entrée dans l’atmosphère de Mars. Des parachutes, puis des rétrofusées ont été déployés de manière à ralentir le vaisseau. Puis l’atterrisseur et son rover, enroulés dans d’énormes coussins d’air, ont été lâchés à environ vingt mètres du sol. Pathfinder a ensuite rebondi quinze à vingt fois en surface, avant de s’immobiliser et de s’ouvrir comme les pétales d’une fleur, livrant finalement le rover Sojourner à la surface de Mars.

« C’était la première utilisation de ce type d’atterrissage, l’atterrissage assisté par airbag« , explique Matt Shindell, conservateur d’histoire spatiale au musée du Smithsonian. « Ils l’ont utilisé lors de missions ultérieures, mais en 1997, c’était la première fois qu’ils tentaient cette solution d’ingénierie particulière« .

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Le prototype de Pathfinder exposé au Centre Udvar-Hazy, du Musée de l’Air et de l’Espace à Chantilly, en Virginie. Crédits : NASM

Le but de Pathfinder était de prouver la viabilité des missions « rapides et pas chères ». Celle-ci n’a en effet coûté que 150 millions de dollars et a été développée en moins de trois ans. Sur place, le rover a permis d’étudier la surface de Mars, y compris la géochimie des roches, les propriétés magnétiques de la surface et la structure de l’atmosphère de la planète.

Le rover a renvoyé un trésor d’informations, collectant pas moins de 1,2 gigaoctet de données et prenant environ 10 000 photos de la surface martienne. Conçu pour ne durer qu’un mois, le rover à énergie solaire a tout de même tenu 70 sols martiens, soit 85 jours terrestres. Il a renvoyé sa dernière transmission vers la Terre le 27 septembre 1997.