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Trois explications possibles à cette découverte sur Mars. L’une d’elles implique la vie

Crédits : NASA/JPL-Caltech/MSSS

En analysant de la poudre de roche prélevée sur Mars par le rover Curiosity dans le cratère Gale, des scientifiques ont identifié des composés organiques particulièrement intéressants. L’une des explications possibles à cette nouvelle découverte impliquerait d’anciens microbes.

Curiosity évolue sur Mars à l’intérieur du cratère Gale, large d’environ 154 kilomètres, depuis août 2012. Sa mission principale était de déterminer si la région aurait pu soutenir la vie microbienne il y a plusieurs milliards d’années. Très vite, l’équipe du rover a considéré l’environnement comme « potentiellement habitable ». Il aurait jadis abrité un système de lacs et de cours d’eau ayant persisté pendant plusieurs millions d’années.

Des échantillons riches en carbone 12

Dans le cadre d’une nouvelle étude publiée ce mardi dans les Actes de l’Académie nationale des sciences, une équipe rapporte les résultats d’examen de deux douzaines d’échantillons de roche en poudre collectés par le rover en divers endroits entre août 2012 et juillet 2021.

Après les avoir prélevés, Curiosity avait introduit ces matériaux dans son instrument SAM, capable d’identifier et de caractériser les matières organiques, des molécules contenant du carbone qui sont les éléments constitutifs de la vie sur Terre.

Après analyses, les scientifiques ont découvert que près de la moitié de ces échantillons étaient enrichis en carbone 12, dont le noyau atomique compte six protons et six neutrons. Ces échantillons provenaient de cinq endroits différents, tous proposant des surfaces très anciennes ayant été préservées au fil des éons (temps géologiques).

Cette découverte est importante, car sur Terre, les organismes utilisent préférentiellement le carbone 12 pour leurs processus métaboliques. Nous pourrions donc interpréter l’enrichissement en cet isotope dans les échantillons prélevés comme un signal de chimie biotique (relative au vivant). Toutefois, Mars est très différent de notre monde et ses cycles du carbone sont encore largement incompris. Il est donc encore trop tôt pour tirer des conclusions hâtives.

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Mosaïque réalisée à partir d’images prises par la Mast Camera à bord du rover Curiosity au 2 729e jour de la mission. Il montre le paysage de la formation de grès Stimson dans le cratère Gale. Crédits : NASA/Caltech-JPL/MSSS

Trois hypothèses avancées

Les chercheurs proposent trois explications possibles à cette intrigante découverte. L’une d’elles implique des microbes produisant du méthane. Ce méthane aurait ensuite été converti en molécules organiques plus complexes après avoir interagi avec la lumière ultraviolette (UV) qui baigne la planète rouge. Ces matières organiques, plus grosses, seraient ensuite retombées au sol avant d’intégrer les roches échantillonnées par Curiosity.

Toutefois, des réactions similaires impliquant la lumière UV et le dioxyde de carbone non biologique, le gaz le plus abondant dans l’atmosphère martienne, auraient également pu générer le même résultat. Enfin, il est également possible que notre système ait dérivé à travers un nuage moléculaire riche en carbone 12 il y a plusieurs milliards d’années.

« Les trois explications correspondent aux données« , résume Christopher House, de l’Université d’État de Pennsylvanie. « Nous avons simplement besoin de plus de données pour les confirmer ou les écarter. »

Rappelons enfin que Curiosity n’est pas équipé spécifiquement pour identifier formellement un signe de vie. De meilleures données seront probablement collectées par son cousin Perseverance. Ce dernier évolue en effet à l’intérieur d’un autre cratère susceptible d’avoir abrité de l’eau en abondance il y a plusieurs milliards d’années. Plusieurs dizaines d’échantillons prélevés par le rover seront également rapportés sur Terre pour analyse au début des années 2030.