Mars 2024, sacré le dixième mois consécutif le plus chaud jamais enregistré

Thermomètre avec fleurs de jonquilles associées au printemps, mesure de la température, prévisions météorologiques
Crédits : BeritK/iStock

Juillet 2023 avait été le mois le plus chaud jamais enregistré dans le monde. Toutefois, tous les mois depuis juin avaient eux aussi battu leur propre record. Loin de faire exception, le mois de mars 2024 est officiellement devenu le plus chaud jamais mesuré d’après le dernier rapport Copernicus publié le 9 avril. Il s’inscrit ainsi dans une triste série de dix records mensuels consécutifs et s’accompagne par ailleurs d’autres mauvaises nouvelles pour la planète.

Jamais un mois de mars n’avait été aussi chaud que celui de 2024

L’observatoire européen Copernicus vient de dévoiler son bulletin climatique mensuel dans lequel il annonce que le mois de mars 2024 est le plus chaud jamais enregistré. Les enregistrements témoignent en effet d’une température de l’air en surface de 14,14°C sur Terre. On se situe ainsi 1,68°C au-dessus des températures relevées au cours de la période préindustrielle de référence de 1850-1900. Ce mois bat ainsi de peu le précédent record de mars 2016 qui s’élevait déjà à 14,04°C.

Copernicus - Carte des anomalies de températures de surface en mars 2024
Carte des anomalies de températures de surface en mars 2024. Crédits : Copernicus.

Surtout, c’est le dixième mois consécutif qui bat son record. Entre avril 2023 et mars 2024, la température globale a ainsi été la plus élevée jamais enregistrée. Sur les douze mois écoulés, les températures moyennes à l’échelle mondiale ont en effet toujours été 1,58 °C au-dessus des niveaux préindustriels, marquant ainsi l’incapacité des pays à tenir collectivement leur engagement visant à limiter la hausse au seuil de +1,5 °C pour respecter l’Accord de Paris, bien qu’il faille que cette anomalie soit relevée sur au moins vingt ans pour considérer que le climat (et non pas juste la météo annuelle) a atteint ce seuil critique.

Samantha Burgess, directrice adjointe du service Copernicus sur le changement climatique, alerte toutefois sur l’importance de « réduire rapidement les émissions de gaz à effet de serre » pour « arrêter [cette séquence de records climatiques, NDLR]. » Le rapport s’arrête en effet sur certaines conséquences catastrophiques du réchauffement planétaire.

Les conséquences du changement climatique relevées en mars 2024

Les océans et mers en état d’alerte

Bien que le phénomène El Niño faiblisse de plus en plus, les températures de l’air marin culminent anormalement pour cette période de l’année. Surtout, les océans, qui régulent le climat et recouvrent 70 % de la planète, affichent des températures plus élevées que jamais. Tous mois confondus, mars 2024 bat même un nouveau record absolu avec une moyenne de 21,07 °C mesurée en surface (hors zones proches des pôles).

Or, des températures océaniques plus élevées augmentent les risques de nombreux phénomènes destructeurs : intensification des tempêtes et conditions météorologiques plus instables (avec à la clé des vents violents et des pluies torrentielles), élévation du niveau de la mer, destruction des habitats marins tels que les récifs coralliens, déclin de la biodiversité marine, perturbation des écosystèmes côtiers, acidification, diminution des stocks de poissons et migration des espèces. Ces conséquences liées à la surchauffe menacent les moyens de subsistance des communautés côtières comme la sécurité alimentaire mondiale, et exacerbent les effets du changement climatique. Cela réduit aussi l’absorption de nos émissions de gaz à effet de serre, les mers fonctionnant comme de véritables puits de carbone.

Au niveau des pôles, les chercheurs de Copernicus relèvent en outre des anomalies concernant la glace de mer. En effet, si les concentrations sont supérieures à la moyenne dans la mer du Groenland depuis octobre, il n’en va pas de même pour « l’étendue de la glace de mer dans l’Antarctique […] inférieure de 20 % à la moyenne, soit la sixième plus faible pour un mois de mars », note le document.

Des épisodes de sécheresse et d’inondations plus fréquents avec le changement climatique

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L’intensification et la multiplication des épisodes de sécheresse et des inondations sont une conséquence parmi d’autres du changement climatique. Crédits : Francesco Scatena/iStock

Comme l’explique Samantha Burgess, « plus l’atmosphère mondiale se réchauffe, plus les événements extrêmes seront nombreux, sévères, intenses », et notamment en ce qui concerne des menaces telles que les « vagues de chaleur, sécheresses, inondations et incendies de forêt ». Ainsi, si des pays tels que la France, le Brésil ou la Russie essuient de fortes inondations, d’autres zones telles que le Vietnam, l’Afrique australe ou encore la Catalogne subissent des pénuries d’eau sévères. Bogota, la capitale colombienne, vient quant à elle de décider de rationner l’eau potable pour ses huit millions d’habitants tandis que la question de l’approvisionnement en eau et les risques de pénurie planent sur la campagne électorale municipale à Mexico.

À cela s’ajoutent d’autres conséquences d’une ampleur inquiétante ces derniers mois telles qu’une fonte accélérée des glaciers et des cyclones tropicaux de haute intensité.

Même sans El Niño, nous continuerons vraisemblablement à battre des records

El Niño augmente la température océanique en redistribuant les masses d’eau chaudes du Pacifique équatorial vers les côtes sud-américaines. Normalement, les vents d’est poussent les eaux chaudes vers l’ouest, mais pendant El Niño, ces vents s’affaiblissent ou s’inversent. Cela permet aux eaux chaudes de s’étendre vers l’est, ce qui réchauffe les régions autrefois plus fraîches. Ce changement perturbe les conditions météorologiques mondiales et provoque des phénomènes météorologiques extrêmes. Selon l’Organisation météorologique mondiale (OMM), si ce phénomène a atteint son pic en décembre, il devrait continuer à étendre son influence jusqu’en mai, maintenant ainsi les températures continentales au-dessus de la normale.

Toutefois, l’arrivée de la Niña, le phénomène inverse qui pourrait se développer plus tard cet été avec un pic d’intensité à l’automne, pourrait ne pas suffire à inverser la tendance et arrêter cette suite de records de température. « Si nous continuons à voir autant de chaleur à la surface de l’océan, c’est très probable », affirme Samantha Burgess.