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Une machine à vomir ? Des chercheurs l’ont fait

Crédits : Grace Tung-Thompson et al. / PLoS ONE

Tout comme la toux et l’éternuement favorisent la propagation du virus de maladies, le vomissement transformerait une fraction des particules virales en aérosols, telles sont les conclusions publiées il y a quelques jours par une équipe de chercheurs de l’université de Caroline du Nord.

Une gastro-entérite peut se transmettre de deux façons : par intoxication alimentaire, et par contact avec une personne (ou un objet) contaminée. Pour cette seconde option, en règle générale, les virus se transmettent par la salive, les mains et les selles. Mais selon des biologistes américains, une troisième option s’impose ; selon eux, le vomissement pourrait émettre en suspension dans l’air des gouttelettes contenant le virus de la gastro-entérite, à la manière d’un aérosol. Les résultats de leurs recherches ont récemment été publiés par PLOS One.

Comment le prouver ? Sur le plan déontologique, rendre quelques cobayes malades pour observer la manière dont le produit de leur estomac serait projeté vers l’extérieur ne serait tout à fait acceptable. Les chercheurs ont ainsi décidé de trouver un virus de substitution. Leur choix s’est porté sur le bactériophage MS2, un virus inoffensif pour l’Homme qui se nourrit de bactéries.

Concernant le moyen de propulsion, les chercheurs ont tout bonnement conçu une authentique machine à vomir. Ils ont donc réalisé un système d’éjection dont le tuyau final aboutissait dans la bouche d’un visage en argile (voir ci-dessous). Pour mener à bien leur expérience, les chercheurs ont ensuite placé le visage en argile dans une grande boîte transparente en plexiglas, stérilisée au préalable. Des mixtures de différente consistance ont été introduites dans le pseudo-estomac qu’ils ont ensuite mis sous pression. C’est alors que la machine s’est mise à vomir…

© Grace Tung-Thompson.
Crédits : Grace Tung-Thompson et al. / PLoS ONE

L’air propulsé fut ensuite aspiré puis analysé. Résultat : après chaque simulation, les chercheurs ont détecté des aérosols contenant des bactériophages MS2 même si une fraction très faible des virus passait dans l’air (0,03 % dans les conditions optimales et bien moins sinon). L’étude estime que, dans le meilleur des cas, seulement 36 particules virales se sont muées en aérosols, mais, dans le pire, ce sont plus de 13 000 de ces particules qui ont pu se retrouver dans l’air. Or il suffit parfois de 20 exemplaires de norovirus pour infecter un humain.

Lee-Ann Jaykus, qui a supervisé cette recherche, explique : les données épidémiologiques laissaient penser que l’aérosolisation du virus pendant le vomissement était une voie possible pour la propagation des norovirus et notre travail confirme que c’est non seulement possible, mais aussi probable ». Elle ajoute : « Quand une personne vomit, les aérosols contenant les particules de virus peuvent pénétrer dans la bouche d’une autre personne et, si elles sont avalées, conduire à l’infection. Mais ces particules en suspension dans l’air peuvent aussi atterrir sur des surfaces proches comme des tables ou des poignées de porte, provoquant une contamination environnementale. Et les norovirus peuvent attendre pendant des semaines. »

Prochain objectif des chercheurs, calculer la distance pouvant parcourir les particules infectées au moment de l’expulsion de votre mixture. À suivre donc…

Source : Le Monde

– Crédits photo : © Grace Tung-Thompson.

Brice Louvet

Rédigé par Brice Louvet

Brice est un journaliste passionné de sciences. Ses domaines favoris : l'espace et la paléontologie. Il collabore avec Sciencepost depuis près d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.