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L’océan Atlantique est-il en train de s’agrandir ?

Crédits : NASA / Jeff Schmaltz / Joshua Stevens / LANCE / EOSDIS Rapid Response / Kathryn Hansen.

De récentes analyses effectuées au nord de la mer de Barents suggèrent que suite à la hausse continue des températures, les eaux subissent un changement radical de caractère : l’océan Atlantique envahit la région et la convertit en une entité différente.

La mer de Barents, située au nord de la Scandinavie et à l’est de l’archipel éloigné de Svalbard, est en train de muter. Sigrid Lind et son équipe de l’Institut de recherche marine de Tromsø, en Norvège, démontrent en effet que le réchauffement global des eaux (1,5 °C depuis 2000) s’accompagne d’un changement radical de caractère. Pour ce faire, ils se sont basés sur les mesures de température et de salinité prises lors de croisières d’été.

Alors que le sud de la mer de Barents est plus doux, le nord avait – jusqu’à récemment – toutes les caractéristiques d’une mer arctique : de la glace de mer flottante qui, une fois fondue, formait un capuchon d’eau douce glacé au-dessus de l’océan. Ces caractéristiques empêchaient la chaleur interne de s’échapper dans l’atmosphère. Vous retrouviez alors des eaux plus fraîches à la surface et des eaux d’origine atlantique plus chaudes vers les profondeurs. Mais tout est en train de changer.

Moins de glace de mer flotte dans en effet dans la partie nord de la mer de Barents, et à mesure que la glace se retire, la surface de l’océan reçoit à son tour moins d’eau douce provenant de sa fonte. Les eaux plus profondes de l’Atlantique se mélangent alors de plus en plus avec les eaux de surface, réchauffant la mer, mais la rendant aussi plus salée. Selon l’étude publiée cette semaine dans Nature Climate Change, les eaux de surface arctiques ont « presque entièrement disparues ».

« À moins que l’apport d’eau douce ne se rétablisse, toute la région pourrait bientôt avoir une structure de colonne d’eau chaude bien mélangée et faire partie du domaine atlantique », note l’étude. Et il pourrait y avoir des conséquences météorologiques importantes, selon certains scientifiques. Jennifer Francis, spécialiste de l’Arctique à l’Université Rutgers (États-Unis), note en effet que la perte de glace au-dessus de la mer de Barents pourrait perturber le courant-jet, provoquant des conditions climatiques extrêmes en Eurasie, surtout en hiver.

L’atmosphère plus chaude au-dessus de l’océan libre de glace pourrait ici renforcer une région de haute pression atmosphérique qui a tendance à se former autour des montagnes de l’Oural, au sud de ces plans d’eau. Cela conduirait alors à un allongement du courant-jet stratosphérique, qui plonge plus vers le sud lorsqu’il passe la zone de haute pression et forme une zone de basse pression.

« Des vagues de froid persistantes sur l’Asie de l’Est et un vortex polaire stratosphérique perturbé » pourraient alors se former, note Sigrid Lind. Et ça ne fera qu’empirer. Les changements dans la mer de Barents semblent déjà avoir passé le point de non-retour.

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