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L’industrie des engrais rejette 100 fois plus de méthane que prévu

Plateforme extraction de gaz naturel. Crédits : Pixabay

De nouvelles recherches suggèrent que les fuites de méthane des usines d’engrais à l’ammoniac sont 100 fois plus élevées que les estimations précédentes. Les détails de l’étude sont publiés dans la revue Elementa.

Aux États-Unis, les engrais azotés simples, fabriqués à partir de l’ammoniac, sont obtenus par la combinaison de l’azote de l’air et de l’hydrogène provenant du gaz naturel. Cette source d’énergie a depuis quelques années été mise en avant pour son potentiel de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Par rapport aux combustibles fossiles traditionnels, notamment. Le problème, c’est que ce gaz est principalement composé de méthane. Et que des fuites non intentionnelles peuvent se produire sur la ligne de produits. Or, ces émissions de gaz à effet de serre n’avaient, jusqu’à présent, jamais été prises en compte pour les industriels.

100 fois plus que les estimations auto-déclarées

Pour cette étude, une équipe de chercheurs a équipé une voiture Google Street View d’un capteur de méthane. Ils ont emprunté les routes menant à plusieurs zones d’extraction, à des centrales électriques et à des pipelines. Bref, ils ont sillonné plusieurs zones concernées par l’industrie des engrais à l’ammoniac. Et ce pendant le mois de juin 2015 et le mois de septembre 2016.

Ils ont alors découvert que 0,34 % du gaz utilisé dans les installations analysées était rejeté dans l’atmosphère. En extrapolant à toute l’industrie, on atteint 28 gigagrammes de méthane rejetés dans l’atmosphère chaque année. C’est 100 fois plus que les estimations auto-déclarées (0,2 gigagramme).

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Représentation Google Earth des usines d’engrais à l’ammoniac implantées aux États-Unis en 2015-2016. Crédits : Elementa

Et c’est un véritable problème, car « le méthane a un potentiel de réchauffement de la planète plus fort que le dioxyde de carbone, explique le chercheur John Albertson, de l’Université Cornell (États-Unis) et principal auteur de cette étude. La présence d’émissions ou de fuites importantes tout au long de la chaîne d’approvisionnement pourrait faire du gaz naturel un facteur plus important de changement climatique qu’on ne le pensait auparavant. Cela nous montre également qu’il existe un énorme fossé entre les estimations a priori et les mesures du monde réel ».

« Même si un petit pourcentage a subi une fuite, le fait que le méthane soit un gaz à effet de serre aussi puissant rend les petites fuites très importantes, enchaîne Joseph Rudek, co-auteur de l’étude. Sur une période de 20 ans, le potentiel de réchauffement planétaire du méthane est 84 fois plus élevé que celui du dioxyde de carbone ».

Les chercheurs signalent tout de même qu’il s’agit ici d’une estimation basée sur une extrapolation. Et que seules six usines ont été surveillées.

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