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Quel lien entre crise climatique, prix du blé et insécurité alimentaire ?

Crédits : Pixabay License.

Si le rendement du blé devrait croître à l’échelle mondiale avec un réchauffement global de 2 °C, le risque d’insécurité alimentaire n’en serait pas pour autant diminué eu égard à des prix de consommation soumis à des pics plus élevés et fréquents. Cet effet contre-intuitif a été mis en évidence par une étude publiée dans la revue One Earth ce 19 août.

Le secteur agricole est l’un des plus exposés aux conséquences du changement climatique. Aussi, ce dernier augmente le risque d’insécurité alimentaire, en particulier pour les populations les plus pauvres qui pratiquent souvent une agriculture de subsistance très vulnérable aux aléas climatiques. Jusqu’à présent, les scientifiques ont surtout évalué l’évolution de ce risque à l’aune du rendement des grandes cultures que sont le blé, le maïs, le soja ou encore le sorgho.

Le rendement agricole du blé, un indicateur à nuancer

De récents travaux ont montré que le rendement agricole n’est pas le seul facteur, ni même forcément le plus important, entrant en jeu dans la chaîne de processus menant à une insécurité alimentaire. Le prix des céréales sur les marchés internationaux et les mécanismes de l’offre et de la demande jouent en effet également un rôle fort. Aussi, les chercheurs ont étudié la façon dont ces facteurs étaient modulés dans un monde réchauffé de 2 °C en moyenne globale.

Pour leur étude, les scientifiques se sont concentrés sur le blé. En utilisant une modélisation novatrice couplant l’économie du blé et le climat, ils ont trouvé que si l’effet fertilisant du CO2 compensait en moyenne mondiale le stress thermique subi par les cultures, cet effet ne se traduisait pas par une baisse du risque d’insécurité alimentaire dans le monde, mais plutôt par une hausse. En effet, le prix du blé sur les marchés est sujet à des flambées plus marquées et plus fréquentes.

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A. Rendement global du blé pour le climat présent (bleu) et un climat réchauffé de 2 °C (rouge). On note une hausse d’environ 2 %. Les barres verticales représentent les différentes régions. B. Anomalie du prix de consommation pour le climat présent (bleu) et un climat réchauffé de 2 °C (rouge). On note une augmentation significative de la queue de distribution d’environ 6 % (traits tiretés). Crédits : T. Zhang & coll. 2022.

Une accentuation du schéma d’échanges traditionnel entre pays du nord et pays du sud

Comment comprendre ce résultat en apparence contradictoire ? « Les rendements du blé devraient augmenter dans les pays exportateurs de blé aux hautes latitudes, mais afficher des diminutions dans les pays importateurs de blé aux basses latitudes », explique Zhang Tianyi, auteur principal de l’étude.

Ces conséquences inégales selon la latitude provoquent une hausse de la demande des pays importateurs. En outre, la variabilité climatique interannuelle devrait augmenter, amenant une plus forte volatilité du prix du blé sur les marchés internationaux et des pics plus prégnants lors des mauvaises années. Enfin, la dépendance des pays du sud aux importations implique une moindre autosuffisance. Pour ces pays, il en résulte une économie moins efficiente et un risque d’insécurité alimentaire accru en raison de difficultés à financer lesdites importations.

« Cette étude souligne que des mesures efficaces de politiques de libéralisation des échanges sont nécessaires pour protéger les industries alimentaires céréalières dans les pays importateurs, soutenir leur résilience et améliorer la sécurité alimentaire mondiale face au changement climatique », relate Frank Selten, un des coauteurs de l’étude.

Cependant, une politique de libéralisation mal gérée pourrait conduire à rehausser les revenus pour les agriculteurs des pays du nord et à les abaisser pour ceux des pays du sud, autrement dit de conduire à une aggravation des inégalités économiques, d’où la nécessité d’accompagner ces mesures d’une politique de protection juste et efficace.

En résumé, si l’on s’attend à de meilleurs rendements du blé à l’échelle mondiale d’environ 2 % avec un climat réchauffé de 2 °C, limite fixée par l’accord de Paris sur le climat, les prix de marchés devraient subir des flambées plus fréquentes et plus intenses en raison d’une hausse de la variabilité climatique interannuelle et de l’accentuation du schéma commercial traditionnel entre pays du nord et pays du sud.