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L’Homme perturbait déjà fortement l’environnement il y a plusieurs milliers d’années

Crédits : Pixabay License.

Une étude collaborative majeure indique que l’Homme affectait déjà notablement l’environnement global il y a 3000 à 6000 ans de ça. Ces considérations amènent à revoir l’idée selon laquelle la dégradation du milieu naturel serait un phénomène très récent. Par ailleurs, les chercheurs montrent que l’agriculture a débuté et s’est généralisée plus tôt qu’on ne le pensait.

Modification du couvert végétal, érosion de la biodiversité, feux de forêts, rejets de carbone, etc. L’impact des activités humaines sur l’environnement est souvent vu comme un phénomène très récent démarrant avec la révolution industrielle. Il est toutefois établi que les populations perturbaient déjà le système terrestre de façon notable avant l’ère moderne. Néanmoins, de grandes incertitudes demeuraient quant à la répartition géographique, l’étendue spatiale et l’évolution temporelle de ces influences.

Une étude sans précédent, fruit du projet ArchaeoGLOBE

Une publication majeure parue dans la revue Science le 30 août éclaire ces questions. En particulier, elle montre comment les diverses pratiques d’usage des sols ont évolué à l’échelle globale entre – 10 000 ans et l’an 1850. Elles regroupent la chasse, la cueillette, la pêche, l’agriculture extensive ou intensive et le pastoralisme.

Ce lourd travail de synthèse a été possible grâce à la collaboration de plus de 250 experts archéologues questionnés sur les pratiques régionales des groupes de populations du passé. Une méthode semi-quantitative permettant d’établir des tendances pour 146 régions du monde. À l’exception faite de l’Antarctique pour des raisons évidentes.

l'environnement et les populations humaines
Répartition des 146 régions analytiques et le nombre de contributions expertes associées. Crédits : ArchaeoGLOBE Project.

Jusqu’à présent, l’utilisation des connaissances en archéologie pour évaluer les impacts environnementaux passés ne s’appliquait que dans le cadre d’études régionales. Pour la première fois, le projet ArchaeoGLOBE a permis de construire une synthèse globale.

Un développement de l’agriculture plus précoce qu’envisagé

Les résultats ont montré que l’agriculture s’est mondialisée plus tôt qu’on ne le pensait. En effet, près de 40 % des régions en faisaient usage vers – 6000 ans. À partir de – 3000 ans, les pratiques agricoles se sont étendues à presque toutes les régions. C’est durant cette période que les perturbations environnementales ont commencé à s’accélérer de façon notoire.

« Ce type de travail amène à repenser le rôle de l’Homme dans les systèmes environnementaux. En particulier quant à la caractérisation des environnements dits “naturels” », note Lucas Stephens, auteur principal du papier.

Crédits : Sasint/Pixabay

Soulignons que la généralisation d’une pratique ne s’accompagne pas nécessairement d’un déclin des autres. Aussi, les pratiques de chasseurs-cueilleurs ont cohabité avec d’autres pendant plusieurs milliers d’années dans certaines régions. Ces dernières ont toutefois un impact beaucoup plus faible sur l’environnement que l’agriculture.

« La vitesse à laquelle l’environnement évolue actuellement est beaucoup plus radicale. Mais nous constatons les effets des impacts humains sur la Terre depuis des milliers d’années », rapporte Ryan Williams, un des nombreux co-auteurs de l’étude.

Impact sur l’environnement : un problème profondément enraciné 

Les faits synthétisés et présentés dans ce rapport fournissent un contexte historique aux défis actuels. « Cela montre que les problèmes auxquels nous sommes confrontés aujourd’hui sont profondément enracinés. Et qu’il leur faudra plus que des solutions simples pour les résoudre », précise Gary Feinman, co-auteur du papier.

effet sur l'environnement hommes
Évolution des pratiques agricoles – en haut -, du pastoralisme et de la chasse-cueillette – en bas à gauche et à droite respectivement. Le laps de temps s’étend de -10 000 ans à 1850. Plus la courbe est haute, plus la pratique est généralisée. Crédits : ArchaeoGLOBE Project.

« Il est temps de dépasser le paradigme récent de l’Anthropocène et de reconnaître que les changements de long terme du passé ont transformé l’écologie de cette planète. Ils ont conduit aux infrastructures socio-écologiques qui ont rendu possibles les changements mondiaux contemporains », indique Erie Ellis, co-auteur de l’étude.

Ainsi, l’environnement planétaire était déjà notoirement modifié par l’Homme il y a 3000 à 6000 ans de ça. Des informations débouchant sur des implications concrètes. En particulier, il s’avère que les bases de données sur l’état des sols  – dont se servent les études de modélisation climatique – ont une vision trop vierge de l’environnement préindustriel.

Enfin, dans le dernier rapport spécial du GIEC sur les sols, ces changements passés ne sont pas suffisamment discutés. Ceci suggère que les projections du climat futur peuvent sous-estimer l’influence des variations du couvert végétal et de l’aménagement du territoire. De toute évidence, il reste des progrès à faire à ce niveau et la présente étude leur ouvre la voie.

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