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L’étendue de la banquise polaire n’a jamais été aussi faible à cette période depuis le début des observations

Extension de la banquise au détroit de Béring. Crédit: @Zlabe.

Alors que le début du printemps approche et avec lui l’entrée progressive dans la saison de fonte, l’extension de la banquise du pôle nord ne s’est jamais située aussi bas à cette période de l’année depuis le début des observations. Sous l’influence d’intenses bouffées douces et d’un vent puissant les fronts de glace de mer ont reculé, parfois de manière exceptionnelle comme du côté du détroit de Béring. Les derniers hivers ont été marqués par une recrudescence de ce genre de conditions très anormales et se placent dans une tendance à long terme au déclin de la banquise arctique. 

La banquise du pôle nord se situe à des valeurs inédites de faible extension depuis le début de l’année. Au 23 février, son étendue est de 14,09 millions de km². La valeur moyenne pour cette période étant de 15,45 millions de km². Cela place 2018 en toute fin du classement, juste derrière 2016, comme on peut le voir sur le graphique ci-dessous.

Extension de la banquise arctique en millions de km². Les différentes années sont en couleurs, la situation actuelle au point sur la courbe orange (2018). Source : http://nsidc.org/arcticseaicenews/

Extension de la banquise arctique en millions de km². Les différentes années sont en couleurs, la situation actuelle au point sur la courbe orange (2018). Source : http://nsidc.org/arcticseaicenews/

Comme nous en avions fait mention dans des articles précédents, cette situation record s’associe à des remontées douces exceptionnelles vers le grand nord. La limite du dégel s’infiltre parfois jusqu’à l’intérieur du bassin malgré la nuit polaire. Nous parlions par exemple d’une température de plus de 2 degrés à l’extrême nord du Groenland entre les 20 et 21 février. Hier, celle-ci s’est envolée à plus de 6 degrés au même endroit. Une valeur que l’on ne rencontre parfois même pas en plein été sur ces régions ! Ces advections d’air doux et humide s’accompagnent également d’un fort vent qui, avec la température, participe à faire reculer le front de banquise. Au nord de la calotte Groenlandaise, une importante fracture s’est ainsi formée mettant à nu l’océan et stimulant les échanges de chaleur et d’humidité avec l’atmosphère. Une banquise de plus en plus fine et fracturée limite le refroidissement de l’air en surface.

Fracturation de la banquise au nord du Groenland ces derniers jours. Source : https://worldview.earthdata.nasa.gov

Fracturation de la banquise au nord du Groenland ces derniers jours. Source : https://worldview.earthdata.nasa.gov

Du côté Pacifique, en mer de Béring, l’englacement actuel est incroyablement bas (et de loin !) avec une glace qui a reculé de plusieurs centaines de kilomètres ce mois. La courbe de l’année en cours sort complètement de tout ce qui était connu depuis le début des observations par les satellites. Ponctuellement, le recul s’est même fait sentir en mer des Tchouktches habituellement recouverte de façon totale par la banquise à cette époque de l’année.

Extension de la banquise au détroit de Béring. Crédit: @Zlabe.

Extension de la banquise au détroit de Béring. Crédit: @Zlabe. 

Ces importants déficits des deux côtés du bassin Arctique sont en partie compensés par une extension proche des normes, voire légèrement supérieure, en mer d’Okhotsk et dans la baie de Baffin. Dans ces zones, le déferlement continuel des masses d’air froid continental en flux de nord-ouest a intensifié la production de glace de mer. Mais cela ne suffit pas à éviter un record bas comme mentionné au début de cet article.

Du côté du volume et de l’épaisseur, la situation est légèrement moins mauvaise. Le volume est en seconde place des plus faibles, derrière 2017 et l’épaisseur en 4eplace des plus faibles. Ce léger mieux a probablement été acquis entre le milieu de l’été et de l’automne derniers quand les conditions ont permis de préserver une partie appréciable de la jeune banquise de l’hiver précédent. Ce processus participe à la formation de la glace pluriannuelle (plus épaisse, survivant au moins une année). Il sera intéressant de voir comment cette banquise très affaiblie va réagir à la saison de fonte cette année.

Volume de la banquise. 2018 est en rouge. Source : http://psc.apl.uw.edu

Volume de la banquise. 2018 est en rouge. Source : http://psc.apl.uw.edu