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Les substances utilisées pour remplacer les gaz destructeurs de l’ozone se révèlent plus problématiques que prévu

Crédits : CC0 Domaine public.

Des mesures de terrain révèlent que les substances destinées à remplacer celles responsables de l’altération de la couche d’ozone induisent une contamination des sols une fois oxydées. Ces résultats soulignent le besoin de développer une bonne compréhension de la manière dont les gaz synthétiques se dégradent et circulent dans l’environnement. Et ce, afin d’éviter de les utiliser en opérationnel de façon précipitée.

En 1989, le protocole de Montréal – signé en 1987 – entrait en vigueur. Ce traité et ses amendements visent à bannir l’utilisation des gaz halogénés responsables de la dégradation de la couche d’ozone. De fait, les composés à base de chlore et de brome (CFCs, etc.) utilisés dans l’industrie ont peu à peu été remplacés par d’autres moins néfastes pour l’ozone stratosphérique. Depuis lors, ce dernier a montré des signes de rétablissement. Aussi, les experts estiment que le niveau moyen de 1980 serait à nouveau atteint en seconde partie du 21e siècle.

Gaz de substitution : de nouvelles problématiques

Cet effort est considéré à juste titre comme une réussite sur le plan mondial. Toutefois, il ne signe pas pour autant une résolution pure et simple du problème. D’un côté, il a été mis en évidence que certains pays ne respectaient pas les termes du protocole. Et donc que des hydrocarbures halogénés continuaient à fluer dans l’atmosphère. De l’autre, que les gaz de substitution n’étaient pas sans effets délétères.

C’est ce qu’a par exemple montré une étude parue le 23 avril dernier dans la revue Geophysical Research Letters. En particulier, les auteurs expliquent que l’oxydation de certains d’entre eux conduit à une accumulation inquiétante d’acides à chaînes courtes dans l’environnement. Il s’agit de polluants organiques de très longue durée de vie et à forte mobilité. Le cas échéant, les dépôts ont été observés dans des échantillons de glace en provenance de l’Arctique canadien. Plus précisément, la quantité d’acides perfluorocarboxyliques à chaîne courte (scPFCAs) a été multipliée par près de 10 entre 1986 et 2014. La croissance étant particulièrement marquée après 1990.

ozone substances
Mesure du taux de déposition de divers acides à chaînes courtes entre 1969 et 2014. Les glaces analysées proviennent de la calotte du Devon (lignes pleines) et du Mont Oxford (lignes en pointillés) au Canada. En outre, notez la forte augmentation des substances à la fin des années 1990. Crédits : Heidi M. Pickard & al. 2020.

« À bien des égards, les produits issus de la dégradation de ces substances peuvent être tout aussi préoccupants que le produit chimique d’origine qu’ils étaient censés remplacer » souligne Alison S. Criscitiello, co-auteure du papier et directrice du Canadian Ice Core Lab. « Nous voyons des niveaux importants de ces acides à chaîne courte s’accumuler dans la calotte glaciaire du Devon. Et notre étude relie certains d’entre eux directement aux composés de remplacement des CFCs ».

Une contamination aux conséquences encore incertaines

En effet, l’oxydation de substances comme les HCFCs ou HFCs est une source identifiée de scPFCAs et de PFFAs (acides perfluoroalkyliques). Or, des études préliminaires ont indiqué que ce type d’acides pouvait être toxique pour les végétaux ainsi que les invertébrés. Par le jeu des chaînes alimentaires, il est probable que la contamination remonte jusqu’à l’Homme. Ainsi, ces résultats sont à considérer avec sérieux.

« Les scPFCAs peuvent circuler dans le cycle de l’eau et provoquer une contamination irréversible. Ils s’accumulent dans les plantes comestibles et ne sont pas éliminés par les technologies actuelles de traitement de l’eau potable. Ceci permet de multiples voies d’exposition humaine » précise l’étude dans sa conclusion. Toutefois, les conséquences sanitaires de l’augmentation desdits composés dans l’environnement restent très incertaines.

« Ces résultats montrent la nécessité d’une approche plus globale lors de la décision d’interdire et de remplacer les composés chimiques » note Alison S. Criscitiello. « Les composés chimiques se dégradent, et développer une solide compréhension de la façon dont ils se dégradent dans l’environnement, et en quoi ils se dégradent, est vital ».

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