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Les seiches ne mangent pas à midi si des crevettes sont prévues au dîner

Crédits : Pauline Billard

Une étude passionnante suggère que les seiches peuvent se priver de nourriture le midi si elles savent qu’il y aura un bon repas le soir. Preuve, une fois de plus, de l’intelligence des céphalopodes.

Vous est-il déjà arrivé de vous priver de nourriture dans la journée – ou de manger plus léger – en vue d’un bon repas le soir ? Il n’y a rien d’étonnant, a priori. Après tout, qui pourrait vous reprocher de ne pas vouloir gâcher le plaisir ? Mais d’un point de vue biologique, si ce type de prise de décision nous paraît anodin, à nous humains, il témoigne en réalité de capacités cognitives très complexes. Et visiblement, nous ne sommes pas les seuls à en être capables.

Une étude, récemment publiée par des chercheurs des Universités de Caen et de Cambridge, suggère en effet que les seiches sont également douées de telles compétences.

Comportements sélectifs ou opportunistes

Dans le cadre de ces travaux, les chercheurs ont voulu tester la flexibilité du comportement prédateur des céphalopodes en fonction de changements environnementaux. Et plus précisément en fonction de ce qui pourrait arriver dans un futur proche. Pour ce faire, les chercheurs ont mené deux expériences.

Pour la première, des seiches ont été divisées en deux groupes. Dans le premier, les chercheurs offraient un crabe aux céphalopodes dans la journée, et une crevette tous les soirs. Dans le deuxième groupe, les seiches recevaient un crabe tous les jours et, de temps en temps (de manière aléatoire), elles empochaient une crevette le soir.

« Au sein de ce deuxième groupe, les seiches ne pouvaient donc pas prévoir quand elles allaient recevoir une crevette le soir, explique Pauline Billard, principale auteure de l’étude. Après 16 jours, on a échangé les conditions, et les seiches qui avaient de la crevette tous les soirs n’en ont reçu plus que de manière aléatoire, et vice versa ».

Les résultats ont alors montré que les seiches qui bénéficiaient d’une crevette tous les soirs présentaient un comportement prédateur sélectif. Autrement dit, elles arrêtaient de manger le crabe dans la journée et ne mangeaient que la crevette le soir.

À l’inverse, les seiches qui bénéficiaient d’une crevette de manière aléatoire présentaient un comportement opportuniste. Autrement dit, elles mangeaient les crabes et les crevettes.

Cela signifie que les seiches qui avaient appris qu’il y aurait forcément de la crevette au dîner ont volontairement cessé de manger la journée. Et, au contraire, celles qui ont appris qu’il n’était pas certain qu’il y ait de la crevette au dîner ont continué à manger du crabe la journée. Au cas où.

« De plus, on a observé que lorsque l’on inversait les conditions, les seiches étaient capables de modifier leur comportement prédateur de manière adaptée aux changement environnementaux en moins d’une semaine », poursuit la chercheuse.

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Une seiche commune européenne (Sepia officinalis). Crédits : Hans Hillewaert/Wikipédia

Une incroyable capacité de réflexion

La seconde étude était un peu différente. L’idée consistait ici à proposer aux seiches deux crabes par jour, et deux crevettes un soir sur deux.

« Ici, on a un pattern répétitif (et non aléatoire) : un soir de la crevette, un soir pas de crevette », poursuit Pauline Billard. Les chercheurs se sont ensuite assurés que les seiches avaient bien compris la règle (crevette disponible un soir sur deux).

Et encore une fois, les résultats ont montré que lorsque les seiches avaient la possibilité de manger de la crevette le soir, elles ne mangeaient pas les deux crabes la journée. Et à l’inverse, si elles savaient qu’il n’y avait pas de crevette le soir, elles mangeaient les crabes dans la journée.

« Ce résultat est très intéressant, car la seiche montre qu’elle est capable de prendre une décision dans le présent (manger ou non le crabe) sur la base d’informations passées (je sais que j’aurais de la crevette ou pas ce soir), ce qui aura des conséquences dans le futur proche (si je ne mange pas maintenant, je pourrai manger de la crevette ce soir », note la chercheuse.

« De plus, la seiche ne suit pas son rythme de satiété “normal”, poursuit-elle. Par exemple, si elle n’a pas eu de crevette la veille au soir, cela signifie qu’elle passe la nuit sans avoir mangé. Et pourtant, elle peut quand même se retenir de manger le crabe le lendemain car elle sait qu’elle aura de la crevette le soir ».

Cette étude est intéressante dans la mesure où elle nous montre que les seiches peuvent s’adapter rapidement aux changements de leur environnement en utilisant une expérience passée.

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