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Les restes de dizaines de victimes de la peste noire découverts en Angleterre

Des victimes de la peste noire récemment découvertes en Angleterre. Crédits : Université de Sheffield

Des chercheurs ont découvert un nouveau charnier en Angleterre, révélant au moins 48 corps de personnes victimes de la peste noire.

La peste noire est l’une des pires pandémies essuyées par l’humanité. Sévissant principalement en Europe, on estime qu’elle a eu raison de 30 à 50 % des Européens en seulement cinq ans (1347-1352), faisant au total plus de 25 millions de victimes.

Tristement connue des livres d’histoire, rappelons que la maladie – causée par la bactérie Yersinia pestis – tue toujours. Entre 2010 et 2015, plus de 3 000 personnes ont en effet contracté la peste et 584 en sont mortes, d’après les chiffres de l’Organisation Mondiale de la santé (OMS). Madagascar, la République démocratique du Congo et le Pérou sont les foyers les plus actifs.

Pour en revenir à notre étude, l’Angleterre n’a bien évidemment pas échappé à la pandémie. La peste noire a rapidement balayé le pays, tuant entre un tiers et la moitié de la population. Les règlements de l’époque précisaient que l’on devait enterrer les cadavres de pestiférés au plus tard six heures après la mort. Dans la ville de Londres, qui a concentré la très grande majorité des victimes, on plaçait alors les corps dans des fosses communes.

Les paysans aussi dépassés

En milieu rural cependant, où la population était moins importante et plus disséminée, on pensait que les habitants avaient été capables de faire face au nombre de victimes en enterrant les morts dans des tombes séparées. Or, la découverte d’un nouveau charnier dans le Lincolnshire, un comté situé sur le littoral de la mer du Nord, suggère que les paysans ont eux aussi été submergés par le bilan de la peste.

Cette nouvelle découverte, publiée dans la revue Antiquity, représente « le premier charnier de la peste noire trouvé en Grande-Bretagne dans un contexte non urbain ».

La fosse, fouillée pour la première fois en 2013, a révélé les corps d’au moins 48 personnes, dont 27 enfants. Les différences de niveaux entre les rangées de squelettes suggèrent que la tombe a été « remplie au cours de plusieurs jours ou semaines », selon les auteurs de l’étude. La datation au radiocarbone de certains ossements suggère que toutes ces victimes sont décédées au milieu du 14e siècle.

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Un plan du charnier. Crédits : Université de Sheffield / Antiquity Publications Ltd

Les chercheurs admettent que d’autres facteurs auraient pu entraîner un épisode de mort aussi massif dans le Lincolnshire, mais il soupçonnent que la peste noire soit la « cause la plus probable ».

Des preuves documentaires montrent effectivement que la peste bubonique a frappé le comté dès le printemps 1349. Par ailleurs, de l’ADN extrait des dents de 16 personnes enterrées sur le site a révélé la présence de Yersinia pestis, la bactérie responsable de la maladie. L’âge des victimes – de 1 an à plus de 45 ans – suggère également que personne n’a été épargné. Ce qui donne davantage de crédibilité à la théorie de la peste noire.

Des victimes traitées avec soin

Enfin les chercheurs soupçonnent qu’un hôpital, dirigé par le clergé de Thornton Abbey, se dressait à l’époque à quelques mètres du site. Les archives de 1322 font en effet référence au bâtiment, et les restes d’une structure en pierre ont été découverts au sud du charnier.

Pour les chercheurs, si effectivement de nombreuses personnes sont décédées dans l’établissement pendant l’épidémie en peu de temps, il est possible que les membres du clergé se soient retrouvés dépassés, optant finalement pour une fosse commune au lieu de tombes distinctes.

Malgré tout, d’après les analyses des restes des défunts, les chercheurs pensent que tous les corps ont été enveloppés dans des linceuls, avant d’être disposés en rang avec soin.

« Ils essaient de les traiter avec le plus de respect possible, car au Moyen-Âge, il est très important de donner aux morts un enterrement approprié, rappelle Hugh Willmott, de l’Université de Sheffield et principal auteur de l’étude. Même au coeur d’une terrible catastrophe, ils prenaient toujours autant de précautions avec les morts ».

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